SAINT MARTIN (11 Novembre) mise à jour NOVEMBRE 2015

 

 

Comme l'indique le calendrier, le 11 novembre on commémore le…11 novembre évidemment  !

Or ce jour-là en fait,  c’est la saint-Martin.

 

Voyons comment et où, en Corse, on célèbre le culte de ce personnage réel qui, une fois n’est pas coutume, n’a pas été martyrisé de toutes les manières.

Disons d’abord comme il est populaire : selon Réau (op cit) plus de 5000 édifices, plus de 300 communes portent son nom en France. Il est le patron de villes aussi diverses que Tours, Buenos Aires, Mayence, Utrecht, Lucques, Martina Franca en Italie.

 

Tous les pays d’Europe lui ont consacré des édifices, de grands artistes ont illustré des épisodes de sa vie et de sa légende. On l’a parfois nommé le 13e apôtre.  

C’est le nom de famille le plus porté en France.

 

Mais surtout qui n’a pas entendu parler de la charité de Saint Martin qui partagea son manteau avec un pauvre ?

 

Louis Réau nous rappelle que le mot chapelle vient du nom chape par référence au manteau de saint Martin une des reliques les plus vénérées au Moyen Age. Le nom de la dynastie des Capet provient de la même étymologie.

Qui est ce personnage qui symbolise si bien la charité?

 

D’où vient-il ?

 

Sulpice Sévère, un de ses disciples, dans sa Vie de Martin, et Jacques de Voragine (La Légende dorée) vont nous en dire plus.

Martin est né en  Pannonie (l’actuelle Hongrie) vers 317 dans une famille païenne et très tôt il est attiré par la doctrine chrétienne.

 

Il grandit en Italie, à Pavie, la ville d’origine de son père, tribun militaire dans la légion romaine. Puis il devient lui-même soldat de l’armée romaine.

C’est alors que se produit le fait marquant de sa légende : alors que, par une nuit d’hiver de l'an 337, il fait une ronde à Amiens, il croise la route d’un mendiant éclopé transi de froid avec qui il partage son manteau de soldat (chlamyde). Il n’a guère plus de 18 ans.

 

VAN DYCK 1646
VAN DYCK 1646

 

 

La Légende dorée ajoute que la nuit suivante, le Christ lui apparut vêtu de son manteau. Sur certaines représentations de la scène du partage du manteau, le mendiant porte un nimbe.

Autre épisode rapporté par Jacques de Voragine : deux anges accoururent pour lui couvrir de bracelets d'or ses bras nus, dépourvus de son manteau.

 

 

 

Maître de Cabanyès 1526 - Musée de Cluny
Maître de Cabanyès 1526 - Musée de Cluny

 

 

Après avoir quitté l’armée, il reçoit le baptême et se rend à Poitiers où il est nommé exorciste (le bas de la hiérarchie) auprès de l’évêque Hilaire. Toute sa vie il fut très actif contre toutes les formes de paganisme et d’hérésie (l’arianisme par exemple, qui rejette le dogme de la Trinité).

 

 Victime d'une chute et gravement blessé, un ange le sauve, que l’on voit parfois à ses côtés.

 

 

PALASCA
PALASCA

 

 

Sa réputation de thaumaturge grandit ainsi que le nombre de miracles qu’on lui attribue et dont Voragine s’est fait le chantre.

 

En 370 il est nommé évêque de Tours, continue son œuvre d’évangélisation des campagnes - il a fondé les premiers monastères de Gaule - et sa vie de saint homme. Il meurt en 397 sur un lit de cendre  et est enterré le 11 novembre à Tours.

 

Son culte s’est répandu dans toute l’Europe dès le Moyen Age. Historiquement Clovis fit de lui le seigneur tutélaire des Mérovingiens, symbole de l'unité franque. Et avec lui la légende s’est enrichie de mille anecdotes où le futur saint a déjoué les pièges du diable et accompli des miracles.

 

La Légende dorée raconte par exemple qu’ayant entrepris un voyage à Rome, Martin voit son âne dévoré par un ours pendant la traversée des Alpes ; Martin contraint alors l’ours à porter ses bagages jusqu’à Rome.  

 

Ainsi quand on parle de l’âne Martin ou de l’ours Martin, il faut comprendre l’âne ou l’ours DE Martin, le français médiéval omettant la préposition qui relie le nom et le complément du nom, comme le génitif latin. Rappelons aussi l’expression courante : Il y a plus d’un âne qui s’appelle Martin…

 

Un jour, voyant des oiseaux pêcheurs se disputer des poissons, il explique à ses disciples que les démons se disputent de la même manière les âmes des chrétiens. Ces oiseaux prirent ainsi le nom de l'évêque ; ce sont les martins-pêcheurs (Wikipedia).

 

Il n’empêche que son acte le plus célèbre est un acte de charité, un geste simplement humain.

 

 

 

BASTIA -Ste Marie - (A.B. ROSTINO 1806)
BASTIA -Ste Marie - (A.B. ROSTINO 1806)

 

 

Ce tableau de la Cathédrale Sainte-Marie, à Bastia, représente la charité de Saint Martin entre Saint Isidore, le laboureur, et Sainte Zita. Signé et daté de 1806, il est l'oeuvre d'Anton Benedetto Rostino (source M.E. Nigaglioni, op.cit.)

 

 

La  fête de la Saint-Martin était étroitement liée au calendrier rural.

L’entrée dans l’hiver donnait lieu à des fêtes et des réjouissances : les paysans tuaient le cochon et faisaient de grands feux. C’est alors qu’on payait les dettes, les loyers et les redevances de l’année.

Ce jour-là, on mangeait traditionnellement une oie. Selon la légende, Martin s’étant caché au moment où l’on venait lui annoncer  son élection comme évêque de Tours, une oie l’aurait découvert en caquetant devant sa cachette !

Quand l’arrière-saison est belle, on parle encore aujourd’hui "d'été de la Saint-Martin ». La légende veut que lors du transfert de son corps à Tours, les fleurs auraient éclos sur son passage, d’où l’expression.

En Corse Saint Martin est très populaire et plusieurs édifices lui sont consacrés. On fête encore la Saint-Martin, comme à Patrimonio où son nom comme dans beaucoup d’autres lieux, est associé à la fête des vendanges (Martin rimant avec vin !).

 

 





 

 

Les chapelles

 


 

 

Les oeuvres qui ornent les églises le montrent tantôt en soldat romain tantôt en évêque de Tours avec la mitre et la crosse.

 



 

L’image la plus populaire du saint est  bien entendu celle du partage du manteau. Représenté le plus souvent sur son cheval, on le voit trancher l’étoffe d’un coup d’épée.

 

Mais pourquoi seulement la moitié du manteau ? Eh bien la réponse est la suivante : parce que si l’armée fournissait la chlamyde à ses soldats, ceux-ci devaient en payer la moitié, le reste étant propriété de l’armée.

 

Ainsi le soldat Martin n’a donné que ce qui lui appartenait en propre. Charitable et honnête.

 

Quelques exemples de toiles ...

 

CASAGLIONE
CASAGLIONE

 

Sur ce tableau anonyme du début du XVIIe s.,  la Vierge et l'Enfant trônent sur une cathèdre, accompagnés du petit Saint Jean-Baptiste ; à gauche au premier plan, l'évêque San Frediano (Fridien), patron de Lucques en Italie et titulaire de l'église de Casaglione. A droite, la charité de Saint Martin à un infirme unijambiste ; le jeune soldat porte une toque à plume, un habit orné d'une fraise comme  à cette époque. Une inscription en bas de la toile nous apprend que cette oeuvre a été commandée en 1614 par Mercure de Casaglione, notable du village.

 

Profitons de cette incursion à Casaglione pour présenter un autre trésor :  un tableau original commandé par le même Mercure...qui a été présenté à l'exposition sur les Confréries du Musée de Corte.

 

 

 

Statuaire, verrières ou peintures monumentales dans des églises de Corse :

 

 



 

Ces décors de voûte sont l'oeuvre d'Antonio Morazzani né en 1842 à Moltifao, qui a oeuvré aussi à Asco pour le Saint Michel et dans plusieurs autres églises (cf notre page sur l'église Saint-Michel d'Asco et l'Encyclopédie de  M.-E. Nigaglioni, op.cit, pp. 249-251).

 

 


 

 

Comme évêque il peut être représenté seul

 

 


 

ou associé à des scènes religieuses en compagnie d'autres saints

 

 


 

 

Sur le tableau de Palasca, Saint Martin, avec Saint Sébastien, est aux pieds de l’Immaculée conception qu’il désigne de la main à l’adoration des fidèles.

 


 

 

A Patrimonio, Saint Martin figure aux côtés de Saint Jean-Baptiste dans le tableau de l’Annonciation où l’on peut voir en bas deux pénitents et tout en haut, Dieu le père. On dirait un Giacomo Grandi. Sous réserves !

 

A Patrimonio encore, on peut voir une composition originale qui montre au centre le Christ debout tenant sa croix d’une main et désignant de l’autre sa plaie au côté dont le flot de sang est recueilli dans un précieux Graal posé au sol. De part et d’autre, se tiennent Saint Roch et Saint Martin richement paré de son habit d’évêque.

Dans chaque coin figurent, vêtus comme au XVIIe s., le donateur et la donatrice, élégante jeune femme blonde portant une fraise et un coquet chapeau incliné. L’atmosphère sombre du tableau et du paysage, juste éclairé du nimbe du Christ, rappelle celle de la Passion.

 

 


 

 

A Volpajola, dans le magnifique retable de bois doré (ci-dessus à droite) daté de 1500, Saint Martin est figuré juste à droite de la Vierge à l’enfant, à côté de Saint Césaire ; à gauche on reconnaît Saint Blaise avec le peigne de fer de son supplice et Saint Pierre avec ses clés. Selon O. Tencajoli, op.cit., il serait daté de 1511.

 


BASTIA - Oratoire St Roch (BILIVERT 1626)
BASTIA - Oratoire St Roch (BILIVERT 1626)

 

 

Sur ce tableau du maître-autel de l’Oratoire Saint-Roch, on peut voir la Vierge adorée par Saint Roch et son chien, Saint Sébastien, Sainte Catherine d’Alexandrie avec sa roue et en bas à droite Saint Martin, identifié par M.-E. Nigaglioni d’après des documents d’archives.

Dans son article rédigé avec Pierre Curie, Propos autour d’un inventaire : quelques peintures italiennes à Bastia, La Tribune de l’art (disponible en ligne), M.E. Nigaglioni nous apprend que  cette œuvre est due au peintre Giovanni Bilivert,  « peintre d’origine flamande travaillant à Florence » (qui a réalisé aussi le beau tableau de l’Annonciation dans l’Oratoire Sainte-Croix à Bastia).  Le tableau est signé « GIO. BILIVERT F(ecit). 1626 ». L’enquête menée par les auteurs est passionnante.

 

 

L’oraison de la Saint Martin ou Pater de Saint Martin

 

Dans son roman « Pour une vallée sereine » (u saviu d’Ascu). La Marge édition, 1986,  Antoine Trojani, par la voix d’une certaine Zia Apullonia, nous conte la légende des « Nasimozze », des « camardés » qui habitent au sein du Monte Padro, mont qui domine le village d’Asco.

 

Deux jeunes gens, tombés sous le pouvoir d’une fée, doivent répondre, sous peine d’horribles représailles, à un questionnaire.

 

Mais le plus intéressant, c’est qu’ Antoine Trojani nous dit, en note, que à Asco au début du XXè siècle, ses camarades et lui, jouaient à ce jeu de questions-réponses, qu’ils appelaient « Pater de Saint Martin » et, bien sûr en corse.

 

En voici l’extrait :

 

- Dis-moi, dis-moi, qui est Un ?

- Un est Christ Emmanuel, annoncé par l'ange Gabriel.

- Dis-moi, dis-moi, qui sont deux ?

- Deux sont les tables de l'Ancien testament, reçues par Moïse sur le mont Sinaï.

- Dis-moi, dis-moi, qui sont trois ?

- Trois sont les Patriarches de Dieu : Abraham, Isaac et Jacob, qui reçoivent l'âme quand elle quitte le corps.

- Dis-moi, dis-moi, qui sont quatre ?

- Quatre sont les évangélistes de Dieu, Luc, Jean, Marc et Matthieu.

- Dis-moi, dis-moi, qui sont cinq ?

- Cinq sont les livres de la Foi de Moïse.

- Dis-moi, dis-moi, qui sont six ?

- Six sont les coqs qui chantent en Galeh.

- Dis-moi, dis-moi, qui sont sept ?

- Sept sont les lampes qui brûlent à Jérusalem.

- Dis-moi, dis-moi, qui sont huit ?

- Huit sont les saintes âmes de l'arche de Noé.

- Dis-moi, dis-moi,  qui sont neuf ?

- Neuf sont les phalanges d'esprits, messagers de Dieu : Anges, Archanges, Principautés, Dominations, Vertus, Puissances, Trônes, Chérubins, Séraphins.

- Dis-moi, dis-moi, qui sont dix ?

- Dix sont les commandements donnés par Jéhovah.

- Dis-moi, dis-moi, qui sont onze ?

- Onze sont les clés couronnées du Paradis.

- Dis-moi, dis-moi, qui sont douze ?

- Douze sont les disciples de Jésus-Christ qui mangèrent et burent avec lui, lors de la dernière cène.

- Dis-moi, dis-moi, qui sont treize ?

- Tu ne peux pas dépasser douze. Tu es le démon ! ...

[Il s'ensuivit un vacarme épouvantable  ... mais la légende connut une fin heureuse]

Traduction en corse :

- Dimmi, dimmi qual’hè chi hè Unu ?

- Unu hè Cristu Emanuele, annunziatu da l ’anghjulu Gabriellu.

- Dimmi, dimmi quali so’ chi so’ dui ?

- Duie so’ e tavule di l’Anticu testamentu, ricevute da Mosè annantu u monte Sinaï.

- Dimmi, dimmi quali so’ chi so’  trè ?

- Trè so’ i patriarchi di Dio : Abràhamu, Isaccu, è Ghjacobbu, chi ricevenu l’anima quand’ella lascia u corpu.

- Dimmi, dimmi quali so’ chi so’ quattru ?

- Quattru so’ i vangelisti di Diu, Lucca, Ghjuvanni, Marcu, è Matteu.

- Dimmi, dimmi quali so’ chi so’ cinque ?

- Cinque so’ i libri di a Fede di Mosè.

- Dimmi, dimmi quali so’ chi so’ sei ?

- Sei so’ i ghjalli chi cantanu in Galeh.

- Dimmi, dimmi quali so’ chi so’ sette ?

- Sette so’ i lumi chi’ brusgianu in Ghjerusalemme.

- Dimmi, dimmi quali so’ chi so’ ottu ?

- Ottu so’ e sante anime di l’Arca di Noè.

- Dimmi, dimmi quali so’ chi so’ nove ?

- Nove so’ e falange di spiriti, messaghjere di Diu : anghjuli, arcanghjuli, principati, dominazioni, virtù, putenze, troni, cherubini, serafini.

- Dimmi, dimmi quali so’ chi so’ dece ?

- Dece so’ i cumandamenti dati da Ghjehova.

- Dimmi, dimmi quali so’ chi so’ ondici ?

- Ondici so ’ e chjavi incurunate di u Paradisu.

- Dimmi, dimmi quali so’ chi so’ dodici ?

- Dodici so’ i discipuli di Ghjesù Cristu ch’ anu manghjatu è betu cun ellu, durante l’ultima cena.

- Dimmi, dimmi quali so’ chi so’ tredici ?

- Un poi mica francà tredici. Tu si’ u dimoniu !...

 

Merci à Jean-Raoul Luciani de nous avoir communiqué ce document, puisé dans son abondante bibliothèque d’ouvrages consacrés à la Corse.

Novembre 2015

Voici d'autres représentations de Saint Martin :

 

Sisco (Maître-autel de l'Eglise Saint-Martin)

 

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