CASSANO : L'EGLISE DE L'ANNONCIATION

SOMMAIRE :

 

1. L'EXTERIEUR

2. LA NEF ET LE MAÎTRE-AUTEL

3. LE RETABLE D'ANTONIO DE CALVI

4. LES ÂMES DU PURGATOIRE

5. LE COURONNEMENT DE SAINT-LAURENT

6. LA REMISE DU ROSAIRE

7. L'IMMACULEE CONCEPTION

8. AUTRES TABLEAUX

9. LE CHEMIN DE CROIX

10. LES STATUES

11. LE MOBILIER

12. LA CHAPELLE DE CONFRERIE SAINT-ANTOINE ABBE

1. L'extérieur

 

Flanquée de sa chapelle de confrérie dédiée à Saint-Antoine-abbé, l’église paroissiale de l’Annonciation est intimement insérée au cœur du village. Passée la voûte qui débouche sur la place, vous verrez sa modeste façade au fond à droite.

 

 

La façade de l’église est ornée sur les côtés de simples volutes et percée d’une fenêtre centrale qui porte une horloge. Elle est surmontée d’un fronton triangulaire creusé d’une niche qui abrite une petite statue de la Vierge.

 

On pénètre dans l’église par une porte en bois mouluré à double battant et percée d’une porte plus petite.

Sur le linteau de la porte on distingue la date de 1651.

 

Le clocher s’élève derrière l’église à gauche et comprend deux étages surmontés d’un lanternon hexagonal joliment incurvé aux angles.

 

On contourne l’église par la gauche pour atteindre la chapelle de la Confrérie Saint-Antoine-abbé.


2. La nef et le maître-autel

 

L’église est composée d’une nef unique qui communique avec le chœur par quelques marches et une balustrade de marbre blanc.

 

 

 

L’abside est à fond plat ; le mur du fond est creusé de deux niches qui abritent les statues de la Vierge et de Saint Antoine de Padoue.

 

Le maître-autel en marbre polychrome est très beau.

 

Les trois degrés de l’autel (partie supérieure au-dessus de la table) sont décorés de plaques de marbre alternativement claires et foncées ; le degré supérieur est terminé de chaque côté par un ange en marbre bien coiffé en rouleaux et les yeux au ciel.

 

 


 

 

La cuve est ornée d’un gros cartouche de marbre qui figure vaguement un cœur, voire une fleur (effet de corolle ou de flammes ? en haut du cartouche) ; au centre, un soleil aux rayons de marbre veiné.

 

 

 

Le tabernacle

 

Il est magnifique, très orné d’une marqueterie de marbre aux couleurs et aux motifs alternés (feuilles d’acanthe) et de têtes d’angelots dont l’un figure au sommet, tête joufflue enfoncée dans ses ailes déployées, regard fervent levé vers le ciel.

 

Sur la porte de métal doré est gravé un ostensoir-soleil.

 

3. Le retable d'Antonio de Calvi

 

Le trésor de l’église : le retable du XVIe s.

 

 

Anciennement placé dans la chapelle Saint-Alban, il est maintenant gardé dans l’église sur la paroi de gauche en entrant.

 

Il est magnifiquement conservé, et très lisible. Daté de 1505 il est classé aux Monuments historiques depuis 1955.

 

On lit dans un cartouche en forme de parchemin placé aux pieds de la Vierge : MAGISTER ANTONIUS SIMONIS DE CALVI PIXIT 1505.

 

 

Tout de bois peint et doré ce panneau en 5 parties figure la Vierge à l’enfant entourée de 4 saints debout dans les arcatures.

 

Leur nom figure en latin à leurs pieds. De gauche à droite : S. Antonius, S. Albanus, S. Augustinus, S. Johannes.

 


 

Sur la prédelle qui court en bas du retable, le Christ et les apôtres.

 

 

Au sommet du retable, 5 chapiteaux d’inspiration gothique figurent Dieu le père au centre, puis de gauche à droite Saint Sébastien et l’ange Gabriel, la Vierge de l’Annonciation et Saint Roch.

 


 

M. E. Nigaglioni dans son Encyclopédie des peintres actifs en Corse (op.cit.) p. 34 nous fournit des informations sur Antonio de Calvi dans le chapitre consacré aux origines de la peinture en Corse.Il est le fils d'un peintre bolonais.

 

Admirons le panneau central.

 

La Vierge en majesté siège sur un trône, revêtue d’un long manteau bleu ourlé d’une ganse dont le drapé descend jusqu’au bas du panneau.

 

Sa tête aux cheveux coiffés en bandeau porte une espèce de voile ou de guimpe, recouverte par la capuche du manteau.

 

Son regard mélancolique filtre à peine entre ses paupières lourdes ; de la main droite elle désigne l’Enfant Jésus qui, assis sur un coussin rouge posé sur les genoux de sa mère, fait le geste de la bénédiction.

 

Sa main gauche repose sur l’épaule de l’Enfant, bébé joufflu coiffé d’un bonnet bleu.

 

A son cou un collier suggérant un rosaire orné d’une croix. Le motif du rosaire est rappelé par le bracelet à son poignet ainsi qu’en bas du panneau où apparaît un chapelet.

 


La Madone et l’Enfant sont bien entourés : 6 anges les escortent.

 

En haut, deux anges musiciens ; deux autres sont appuyés aux accotoirs, enfin de part et d’autre du cartouche, encore deux anges : l’un invite de sa main levée à honorer la Vierge, l’autre presse une main sur son cœur ; on ne voit pas bien l’autre main.

 

Sur le bord gauche du manteau de la Vierge, donc à droite pour le spectateur, on distingue des mots.

 

4. L’autel des Âmes du Purgatoire

 

Plus loin sur la gauche se trouve l’autel des Âmes du Purgatoire.

 

 

 

On lit sur le cartouche rectangulaire en haut du retable : Miseremini mei 1865.

 

La phrase complète figure dans le livre de Job (XIX, 21) :

"Miseremini mei, miseremini mei, saltem vos amici mei, quia manus Domini tetigit me" (Ayez pitié pour moi, vous au moins qui êtes mes amis, car la main de Dieu m’a frappé).

 

C’est la plainte des âmes souffrantes que les indulgences et les prières des vivants aideront à abréger leur séjour au Purgatoire…

 

La cuve de l’autel abrite une statue du Christ au linceul. Elle servait peut-être au reposoir de la Semaine sainte.

 


 

 

Sur l’autel un retable architecturé : deux colonnes lisses aux chapiteaux corinthiens ornés de volutes, de feuilles de laurier et d’acanthe (cf Nicolas Mattei, Le Baroque religieux en corse (BRC) Fig. 132) sont réunies par un fronton interrompu – choix architectural qui permet la circulation du regard) qui comporte en son centre le cartouche décrit plus haut ; il est surmonté d’un édicule arrondi.

 

Deux angelots vêtus d’une robe enjambent crânement les rampants du fronton ; deux autres sont juchés sur l’édicule terminal. Leurs gestes, indéterminés, ont certainement un sens ; peut-être portaient-ils quelque chose ou montraient-il la scène du tableau.

 

Nicolas Mattei précise dans BRC la symbolique des postures des anges placés en amortissement sur les retables.

 

Ce retable sert de cadre à un tableau qui figure l’intercession de la Vierge auprès de la Trinité en faveur des âmes du Purgatoire.

 

Nous renvoyons à l’ouvrage de Nicolas Mattei qui fait l’historique de cette doctrine des âmes du Purgatoire voulue par le Concile de Trente et de son développement en Corse (BRC pp. 154-155).

 

On lira aussi pp 357-358, une passionnante analyse de ces tableaux qui rappellent sans cesse aux croyants la nécessité de gagner des suffrages pour abréger les souffrances des âmes du Purgatoire.

 

Voir aussi du même auteur Les autels de la mort en Corse, Etudes corses n°50-51, 1998, Ed La Marge.

 

Le tableau de Cassano correspond aux canons du genre : les âmes figurent dans le registre inférieur : gros plan d’hommes, femmes, jeunes et vieux… En arrière-plan, la foule des âmes qui attendent d’être sauvées par les anges qui les emportent au ciel.

 

Dans le registre supérieur, la Vierge les montre du doigt à la Trinité ; Dieu le père et le Christ sont posés sur des nuées soutenues par de beaux angelots   musclés.

 

Conventionnellement, ces représentations sont composées selon deux obliques (N. Mattei). 

 

 

 

 

M.E. Nigaglioni attribue ce tableau au peintre corse Giuseppe Maria Casalta qui a pris pour modèle l’œuvre du peintre Domenico Piola à l’église Saint-Jean-Baptiste de Bastia.

 

 

 

 

 

Pour la diffusion de ce modèle dans les églises corses, il faut lire l’article de M.E. Nigaglioni : La Peinture bastiaise baroque : modèles et copies, Etudes corses n°50-51 op.cit. pp.114-116. L’auteur, en 1998, en dénombre 14 copies en Corse.

 

Sur G. M. Casalta, voir l’Encyclopédie des peintres actifs en Corse de M E Nigaglioni, Editions Alain Piazzola, 2012 p. 56.

 

5. Le couronnement de Saint Laurent

 

 

St Rodrigue de Cordoue - Murillo - Dresde
St Rodrigue de Cordoue - Murillo - Dresde
St Laurent - Cassano
St Laurent - Cassano

 

 

Ce tableau classé aux Monuments historiques a été exécuté par Louis Jassogne, d’après le Saint Rodrigue de Cordoue de Murillo. En bas à gauche on distingue la signature suivie de « d’après Murillo, 1842 ».

 

Cette information nous parvient de M.E. Nigaglioni par l’intermédiaire d’Elisabeth Pardon qui a creusé la question de l’origine de cette toile (voir son site) avec ténacité et efficacité ! Merci à elle qui sait si bien faire partager ses découvertes.

 

D’après ses recherches, ce tableau est un don de l’abbé Laurent Bastianelli (1769-1864) missionnaire en Asie et originaire de Cassano. Les Bastianelli étaient une famille importante.

 

Sur la dalmatique brodée du saint on reconnaît Saint Paul et son épée et Saint André et sa croix en X.

 

 

 

6. Le tableau de la Remise du Rosaire à Sainte Catherine de Sienne.

 

 

 

Dans une belle oblique de gauche à droite, la Vierge dans les nuées remet le rosaire à Sainte Catherine de Sienne. En haut à droite un personnage barbu : Saint Joseph ?

 

La sainte en position d’adoration et d’humilité est belle. Elle porte l’habit noir et blanc des Dominicains.

 

Sa présence est conforme à la tradition, mais qu’elle soit seule à recueillir le Rosaire est assez rare. Nous ne l’avons jamais vu en Corse jusqu’à présent.

 

Le tableau est très sombre, haut placé ; nous n’avons aucun autre renseignement pour l’instant. Pourrait-il faire partie de la collection Fesch ?

 

7. L’autel de l’Immaculée Conception.

 

 

 

Le retable qui sert de cadre au tableau est baroque : des colonnes au chapiteau corinthien supportent un fronton rompu qui fait voir un cartouche daté :

 

 

 

Qui me invenerit inveniet vitam 1693 :

 

Qui m’aura trouvé trouvera la vie (suite : et hauriet salutem in Domino : et puisera le salut dans le Seigneur , Livre des Proverbes, 8, 35).

 

En amortissement sur le fronton, 4 anges ouvrent les bras en un geste d'accueil.

 

 

 

 

Revêtu de plaques de marbre, l’autel porte sur sa cuve le signe marial. La porte du tabernacle est peinte d’une représentation de la Vierge portant la croix du supplice et le calice d’où émerge l’hostie.

 

 

 

 

Hélas dissimulé en partie par une lourde statue de Notre-Dame-de-Lourdes, le tableau, pour ce qu’on en voit, figure l’Immaculée Conception portant l’Enfant Jésus.

 

Elle foule aux pieds le serpent qui tient dans sa gueule la pomme du péché. Comme le veut la tradition iconographique attachée à l'Immaculée Conception, elle porte une couronne d'étoiles.

 

 

 

 

L’Enfant Jésus brandit la croix dont il va semble-t-il transpercer le démon.

 

Des angelots partout ; celui de gauche en bas tient un miroir, référence aux Litanies qui énumèrent les qualités de la Vierge , ici « miroir de justice » (speculum justitiae) mais aussi à la Vierge, miroir sans tache. 

 

En haut les angelots portent un bouquet de roses, la fleur de la Vierge par excellence (rose mystique dans les Litanies) et une fleur de lis.

 

En bas à gauche un autre ange désigne la Vierge à l’attention des fidèles.

 

 


Nous avons rencontré d’autres  anges au miroir. (un clic sur le texte souligné vous ouvre le blog).


8. Autres Tableaux



L’Apothéose de Saint Bruno



 

Le fondateur de l’Ordre des Chartreux figure dans le registre supérieur ; plus bas, des frères de l’ordre revêtus de leur habit blanc le désignent à l’attention.

 

En bas, à droite, un ange joue avec un chapeau de cardinal, détail qui symbolise le refus de saint Bruno de toutes sortes de charges et d’honneurs.

 

Dans le même esprit, en haut à droite, un ange porte une crosse d’évêque.

 


 

 Vision de Saint Romuald


Très sobrement décrite dans la notice des Monuments historiques, cette assemblée de moines vêtus de blanc restait une énigme pour nous jusqu'à ce que nos recherches nous fassent établir qu'il s'agit d'une copie du tableau du peintre italien Andrea Sacchi (1631): Vision de Saint Romuald. 

 

Ce bénédictin  rigoriste  du 10è siècle fonda l'ordre des Camaldules tout vêtus de blanc.

 

Ici sa vision est celle d'une échelle sur laquelle les moines de son ordre s'élèvent graduellement jusqu'à la perfection... On le voit enseigner les Camaldules.

 

 

 

  

Ecclésiastique en prière entouré d’anges (XVIIe s.)

 

Ainsi désigné dans la notice des MH, on se demande qui cela peut être.

 

On distingue vaguement une auréole au-dessus de lui, ainsi que la colombe du Saint-Esprit. 

 

Vêtu d'une sorte de camail ou de mozette, courte pèlerine de velours que portaient les cardinaux et le pape, il est entouré de quatre anges. 

 
Ces deux toiles du XVIIe s. sont classées aux Monuments historiques.

 

La petite Vierge de douleur

 



 

9. Le chemin de croix de Cassano


Peint sur toile, il est malheureusement incomplet et la plupart des tableautins sont  dissimulés par de grandes statues saint-sulpiciennes.

 

Voici néanmoins quelques belles scènes réalisées sans doute par celui que M.E. Nigaglioni surnomme « le maître des anges musclés »  et dont on sait maintenant qu'il s'agit de Giuseppe Ronchi.

 



 

La station 13 est inspirée d’un célèbre tableau de Rubens.

 

 

Le mot de ME Nigaglioni :


"La composition de Rubens a été très admirée ...Elle a été diffusée à travers toute l'Europe grâce à des gravures.

 

A propos de la Descente de Croix de Rubens, il existe en Corse une version à l'endroit : celle d'Omessa ou de Porto-Vecchio  et une version à l'envers, à Monticello".

 


 

Dans un prochain blog consacré à la Descente de Croix, nous donnerons l'explication de M.E. Nigaglioni sur la manière de reproduire les gravures.

 


10. Les statues

 

L’église ne compte pas moins de trois statues de Marie plus la Vierge de l’Annonciation.

 

Deux statues sont classées aux Monuments historiques :

 

- Notre-Dame des Grâces, une ravissante statue de la Mère et l’Enfant en bois doré du XVIIè s. qui proviendrait du couvent d’Alziprato.

 

 


 
- L'Immaculée Conception statue de bois polychrome du XVIIIè s. qui, d’après le témoignage oral d’un habitant, viendrait de l’ancien couvent de Zilia et aurait été mise à l’église par la famille Graziani, «i sgio’» de Cassano.