ASCO

 

 

SOMMAIRE



I.  Le village

 

II. L’Eglise Saint-Michel-Archange (1ère partie)


     1) L'historique

     2) La nef et le chœur

     3) Les autels latéraux (gauche)

     

         L’autel de Sainte Lucie

         L’autel du Sacré-Cœur

         L’autel Saint Antoine Abbé


     4) Les autels latéraux (droite)


         L’autel Saint Antoine de Padoue

         L’autel du Rosaire

         Le tableau de la Crucifixion


III. L’Eglise Saint-Michel-Archange (2ème partie)

 

     1) Le chemin de croix

     2) Les décors peints

     3) Les statues

     4) Le mobilier
 


     

     

I. ASCO : LE VILLAGE

 

     

Pourquoi Asco ? C’est le berceau de nos deux familles et moi, Ghjuastè (Jean-Etienne), le 7è enfant de  la famille, j’y suis né au premier étage de la maison familiale, devenue en 1954 l’Hôtel du Cintu.

     

 

 

 

Même si pour moi, Asco est connu de tous … situons-le sur la carte de Corse.

 

Au bout du bout des remarquables gorges de la rivière Asco, à une vingtaine de kms de Ponte-Leccia, une fois franchis les ponts de Chelga et de Ranza, deux petits affluents de l’Asco, apparaît, haut perché au détour d’un virage, le village. Nous sommes à quelque 700m d’altitude.

 

 

     


La route qui y mène, après l’échec de nombreux projets remontant à … 1869 sera inscrite au programme des travaux vicinaux pour 1917. Le village sera désenclavé en 1937.

     

Avant, il fallait confier sa vie et ses biens à ses propres mollets et ... aux ânes, comme en témoignent les cartes postales anciennes ci-dessous.

 

 

 


 

 

Un mot maintenant sur les origines du village et de son nom.

 

On a l’embarras du choix :

 

Oreste Tencajoli dans son ouvrage Chiese di Corsica (1936)    écrit : « …una tradizione riportata da G. Castelli, vuole [che questo villaggio] sia stato fondato nel secolo XIII da certo Pietro della Scala di Ascoli Piceno… ».

 

Plus    loin il précise que « secondo lo storico Filippini esso avrebbe invece una lontana origine romana e si sarebbe chiamato Asincon ».

 

Maistrale dans son plaisant ouvrage A Corsica, Paese per Paese, 1931,    Imprimerie du Petit Bastiais, note : « Ascu è unu d’i paesi più originali di Corsica : u so nome vene da ascosu, [qui    signifie caché].

 

Citons aussi la poésie illustrant la quatrième de couverture de l'Organe Paroissial Mensuel "Les cloches de l'Asco", édité en 1936, à l'initiative du curé De Champlain en charge de l'église d'Asco.

  

 

 

 

 

L'auteur Giuvanellu d'Ascu, nous livre sa propre interprétation du nom du village.

 

 


 

 

Asco le légendaire fut fondé

Par un rebelle Romain Ascolais

Qui banni par l'Eglise

Se vit en Corse seul exilé,

A peine arrivé là, il fut allaité

Par Monte Padru et la rivière Aschaise

Il s'y plut, et y fit un village

Qui Asco(li) de Rome fut appelé

Il en conserva les coutumes, il eut

Toujours recours à un Sage, et puis il fut

Par le Grand Padre d'Ascu, immortalisé

Asco(li) de Rome, fut le seul village

 Jamais profané par aucun ennemi

Car l'Archange Michel toujours le défendit

  

 

 

Quoi qu’il en soit, Asco mérite bien sa réputation de village du bout du monde. Ne disait-on pas « Vàitine in    Ascu », pour encourager quelqu’un à se rendre dans un endroit perdu !

 

Il est vrai qu’aujourd’hui encore la route du village, même si elle se prolonge jusqu’au plateau de Stagnu, se termine en impasse à l’emplacement de l’ex-station de ski du Haut-Asco, créée en 1964 à l'initiative du maire de l'époque, Jean-Vitus Guerrini, mon père.

 

La station, fermée en 1992, rouvrira en 2015 sous l'impulsion de la nouvelle municipalité.

 

 

 

Bergeries de STAGNU à l'époque des bergers, lieu d'implantation de la station de ski en 1964
Bergeries de STAGNU à l'époque des bergers, lieu d'implantation de la station de ski en 1964
STAGNU - Les chalets
STAGNU - Les chalets

 

 

Cette situation géographique confère à Asco certaines particularités. Oreste Tencajoli,dans l’ouvrage cité, n’hésite pas à affirmer :

 

 « I suoi abitanti, che hanno conservato gelosamente i costumi del passato, parlano uno dei dialetti più puri dell’isola » !

 

Non seulement la langue corse a été préservée dans sa pureté mais l ’isolement du village a aussi facilité la mise en place de structures sociales originales : celle du légendaire sage d’Asco et de sa république.

 

Le nom du « Saviu d’Ascu » apparaît encore dans bien des locutions proverbiales de chez nous.

 

Et que dire des adjectifs dithyrambiques qui légendent de vieilles cartes postales du village !

 

"Village le plus pittoresque du monde" ; "paradis du tourisme ..."; "la forêt d'Asco la plus cahotique du monde " ou encore "Asco, séjour d'été incomparable au centre de l'orographie insulaire ".

 

 

 


 

Le mensuel déjà cité "Les cloches de l'Asco" demande aux lecteurs de s'abonner à la revue pour découvrir :

 

"ASCO" la Perle du Tourisme dans l'île de Corse

 

 

 

 

 

 

Pourtant à une certaine époque, tous ne partageaient pas ce sentiment, du moins en ce qui concernait les us et coutumes des habitants d'Asco.

 

En témoigne le savoureux pamphlet écrit en langue corse par le docteur et poète A.L. Massiani publié vers 1880. 

 

Le célèbre Viaghju in Ascu, sous-titré "A cuccagna di Bazzicone" (Bazzicone étant le nom de l'âne), paraîtra par la suite dans la revue l'Almanaccu di a Muvra en 1936.

 

 

 

Il sera question dans cette très longue poésie des us et coutumes des Ascolais de l'époque concernant le manger, le coucher et le mariage.

 

Et Bazzicone sera complice, témoin et lui aussi victime des diverses mésaventures du docteur.

 

En voici de courts extraits : il est certain que, ni le docteur ni son âne ne garderont un bon souvenir de ce "fameux" voyage !

 

 

... St’etima passata, sò cullatu

Per andà in Ascu, quella "conca d’oru",

(Chì la chjamò cusì, lu sia allupatu !) ... 

 

... pe lu fiuminale,

 

Cumenciu à sente quellu stizzu aschese ...

 

... Bazzicone mi guarda ad ochji torti;

Pare ‘lu vogua di: "Ch'è tù sia cecu !

Sò què le case duve tù mi porti ? ...

 

 

... Scumporta pè sta volta, è ti promettu,

Ch’acceghi pur’, s’in Ascu più t’arrecu ! ...

 

... Stancu di stà in Ascu 

Pigliu u sumere è partu risolutu

D’ùn turnà ci mai più ...

 

La semaine dernière je suis parti

pour monter à Asco cette "Conque d'Or",

(Qu'il soit frappé par la peste, qui l'appela ainsi)

 

Le long de la rivière

je commence à sentir cette puanteur ascolaise

 

Bazzicone me regarde  de travers

Il semble me dire " puisses-tu devenir aveugle !"

C'est ça les maisons où tu m'emmènes ?"

 

Supporte pour cette fois, et je te promets,

que je devienne aveugle, si jamais plus

à Asco je te conduis

 

Fatigué d'être à Asco

je prends l'âne et je pars résolu

de n'y revenir jamais plus.

  

 

Mais cela sera sans incidence sur la réputation du village ... Les nombreux guides touristiques qui paraîtront sur la Corse, feront la part belle à Asco.

 

On vantera les merveilleuses gorges qui conduisent au village, le village lui-même.

 

Quant au paysage montagneux qu'offre le Haut-Asco,  il sera qualifié d'exceptionnel. L'on parlera même du "Zermatt" corse !

 

 

Avant de quitter le village d'Asco admirons un pont datant du 15è siècle et inscrit depuis 1984 à l'inventaire des Monuments    historiques qui le décrivent ainsi :

« Pont en dos d'âne destiné aux piétons et troupeaux, reliant Asco aux pâturages du massif du Cinto [vallée de    Pinnera] par les pistes traditionnelles.

Constitué d'une arche en plein cintre et d'un tablier avec pas d'âne saillants. La sous-couche du tablier est en grosses    dalles de schiste bleu. La couche de finition était constituée de galets roulés, noyés dans un bain de chaux »

C’est le fameux pont gênois ou encore pont romain dénommé ainsi sur certaines cartes postales. Il en est une qui titre « une merveille des frères pontonniers, le pont gênois d’Asco »

C'est un ouvrage admiré de tous, touristes, photographes, peintres et il figure dans de nombreux livres.