III. ASCO :  L’EGLISE SAINT-MICHEL- ARCHANGE :

2è partie.

 

 

1) LE CHEMIN DE CROIX DE ANTONIO FRANCESCO MORAZZANI 1896.

 

C’est à San Leonardo de Porto-Maurizio (Ligurie) que l’on doit au XVIIIè s. la dévotion au chemin de croix.

 

Chaque église en principe est dotée de ces 14 tableautins (voire 15 pour certaines d’entre elles), de formes et de matières variées, qui représentent la passion du Christ.

 

Celui d’Asco est très intéressant et dans l'ensemble bien conservé.

 

Dans un délibération datant de 1898, le Conseil municipal d'Asco remercie l'abbé Trojani

     

"desservant de cette paroisse depuis 15 ans environ [qui] mérite des éloges pour le zèle et le dévouement dont il a sans cesse fait preuve ...

 

Si vrai qu'aujourd'hui notre Eglise semble transformée tant la restauration a été exécutée avec goût et intelligence et tous les emblèmes copiés sur des modèles venus de la Capitale du monde Chrétien ... qu'il a encore orné cette église d'un beau chemin de Croix sur toile avec riches cadres ..." (A.D.H.C.    Bastia).    

 

Page 12 du livret Autour de l'Eglise d'Asco, il est écrit que "cette modeste église possède aussi un beau chemin de croix peint sur toile, dont deux ou trois stations sont, paraît-il, des chefs-d'oeuvre".

 

Une autre délibération de l"époque alloue une somme de "quatre-cents fr. pour la Via crucis ou Calvaire"

 

M.E. Nigaglioni l’attribue à Antonio Francesco Morazzani, auteur des décors peints de l’église (voir plus haut). La date, 1896, apparaît sur la station 1.






 

A.F. Morazzani a également réalisé le chemin de croix d'autres églises : Morosaglia, Moltifao, Venaco. (cf EPAC, p.249)

 


 

2) LES DECORS PEINTS

 

La formule peinte sur le fronton de l’arc qui précède le chœur rappelle d’emblée le patronage de Saint Michel. La formule Quis ut deus (Qui est comme Dieu ?) est associée à l’archange qui transperce le Mal de son glaive.

 

Cette formule qui traduit littéralement le nom hébreu de Michel ( מִיכָאֵל ), apparaît parfois sur son bouclier ou son scapulaire.

 


 

M.E. Nigaglioni attribue les peintures monumentales de l’église d’Asco à Antonio Francesco Morazzani (voir la    notice dans EPAC op.cit. p.249-251), peintre qui a réalisé aussi le chemin de croix d’Asco en 1896 (voir plus haut). 

 

Au centre de la voûte de la nef, inscrit dans un médaillon ovale, on voit le combat de l’Archange contre le Démon (Apocalypse de Saint Jean 12,7) représenté ici sous la forme d’un monstre mi homme mi dragon.

 

 


 

La scène est visiblement inspirée du tableau de Guido Reni, peintre de l’Ecole de Bologne (1575-1642), (Eglise des Capucins à Rome, 1635), tableau qui a été copié maintes fois partout en France. D’après Wikipedia, le Guide aurait donné à Satan les traits du Pape Innocent X (voir  son portrait par Velasquez puis Bacon).

 

 


 

La disposition en diagonale que Morazzani reprend fidèlement du modèle, le mouvement des cheveux et de la cape rouge, l’effet de contre plongée, donnent élan et vigueur à la composition.

 

L’opposition entre le Bien et le Mal est encore visible dans le décor de fond du cartouche : Ciel vs Enfer. En haut, ciel bleu et nuées blanches ornées d’angelots, en bas les flammes de l’enfer et de la damnation.

 

Bien d'autres tableaux inspirés de Reni ornent les églises de Corse : Isolaccio, Piedigriggio, Zilia, Casabianca, Venaco, Nocario...

 

 

 

Morazzani reprend les grandes lignes de l’œuvre : le chef des milices célestes, beau jeune homme blond cuirassé à la romaine, est saisi en plein mouvement ; il s’apprête à enfoncer l’épée brandie au-dessus de sa tête dans la bête immonde, qu’il immobilise du pied et qu’il va neutraliser avec des chaînes.

 

Beauté vs Laideur ; Bien vs Mal : le Mal est vraiment laid et inspire le dégoût et la peur : face torve, barbu et griffu, ailes de dragon, queue de serpent qui tente de s’enrouler autour de l’archange…

 

 


 

Autres figures

 

Au-dessus de l’autel majeur, un médaillon représente deux anges thuriféraires adorant l’encensoir. De part et d’autre, deux petits cartouches ornés d’une tête d’angelot.

 

 


 

 

Au plafond de l’abside, l’agneau de Dieu repose sur le livre saint.

 

 

 

 

Dans l’abside, à gauche et à droite sont peintes en trompe l’oeil deux grandes figures du Sacré-Cœur de Jésus et du Sacré-Cœur de Marie sur un piédestal cannelé.

 

Dans des médaillons circulaires, le tétramorphe, symbole des 4 évangélistes.

 

 


 

Motifs liturgiques : calice, ciboire, encensoir, navette d'encens ; inscrits dans des triangles décoratifs en trompe-l'oeil qui figurent une corniche sculptée.

 


 

 

Motifs végétaux : couronne de fleurs soulignée d’un lis et d’une palme, fleurs de lis, épis de blé,    pampres et feuilles de vigne (symboles de la Terre Promise et du sang du Christ, feuilles d’acanthe ( ?) ornées d’un cabochon), fleurs bleues (violettes ?) symbole de la Vierge (humilité).

 

 


 

 

Le médaillon de l’Immaculée Conception

 

On y voit les motifs symboliques attachés à l’Immaculée Conception, inspirés de l’Apocalypse    (ch.12) : le croissant de lune et les étoiles ; en général au nombre de 12 et en couronne sur la tête de la Vierge,  les étoiles sont ici disposées en triangle  (symbole de la Trinité ?) et au nombre de 14.

 

Rappelons que c’est en 1735 à la Cunsulta de Corté que les Corses choisirent la Vierge comme patronne tutélaire de la Corse.

 

 

 

Le mot de M E Nigaglioni :

 

« ce décor a été restauré et complété par    un peintre du XXe siècle ... sans doute Raymond Rif ... à qui l'on peut attribuer le navire Ecclesia et la Vierge à l'enfant. »

 

 


 

On peut sans doute y ajouter Sainte Julie et sa colombe. 

 

 

 

 

Sainte Dévote ou « Paolella de Bocognano »

 

Le mot de M.E. Nigaglioni :

 

Les métamorphoses de Paolella de Bocognano

 

En 1900, Paul-Mathieu Novellini participe à l’Exposition Artistique Bastiaise.  A ce salon, au titre d’artiste peintre professionnel, il n’expose qu’une seule œuvre : Paolella (étude au crayon, d’après nature) (reproduite dans    MEN, EDPAEC, op.cit. p.220-221).

 

Cette Paolella de Bocognano est manifestement la fillette qui a servi de modèle pour incarner une Sainte Dévote, patronne de la Corse que Novellini a présentée au Salon de 1879.

 

Le tableau original est dans une collection privée.

 

Il a servi de modèle pour une lithographie publiée par Novellini, représentant la sainte patronne de la Corse et qui a connu un grand succès dans l’île.

 

Elle a inspiré le peintre Antonio Francesco Morazzani (né en 1842 à Moltifao), quand il décore, en 1896, l’église paroissiale d’Asco.

 

Dans un des médaillons de la voûte, il représente Sainte Dévote en prenant la gravure de Novellini pour modèle.

 

 

ASCO - Eglise Saint-Michel  - Peintures monumentales : Sainte-Dévote
ASCO - Eglise Saint-Michel - Peintures monumentales : Sainte-Dévote

 

 

3) Les statues

 

La statue en bois de Saint-Michel mérite un peu d’ attention :

 

Elle est signalée avec admiration par l’abbé Trojani dans son opuscule sur l’Eglise    d’Asco: 

     

« vrai bijou de l’art chrétien » (op.cit.p.11) et par Oreste Tencajoli, Chiese di    Corsica, op.cit. pp 34-35 :

 

« (…) quella di Michele Arcangelo ornata di un gruppo in legno scolpito, nel quale l’artista ha saputo trasfondere quella plastica, quel movimento, quel soffio di vita che fanno de la materia inanimata, una cosa viva e sensibile».

 

 

 

 

O. Tencajoli ajoute que l’artiste serait natif de Vallica mais qu’on ignore son nom.


Cependant dans la Monographie sur le Giussani 1933, Montpellier, Imprimerie du Progrès, de A. Giudicelli,  on lit :


"une mention    spéciale à Luiggi Damas, de Vallica, décédé vers 1882. Après quelques études à Montecatini, il s'est établi dans son village natal où il a sculpté sur bois les statues de Saint-Michel d'Asco et de Saint-Antoine-Abbé d'Olmi Capella ... Dans toutes ces oeuvres, il fait preuve de finesse, d'élégance et de goût." 

 

(Merci à J.R Luciani pour ces informations).

 

 


 

 

La statue part en procession pour la fête de la Saint-Michel le 29 septembre.

 

Deux illustrations : une carte postale et une photo personnelle.

 

Procession "La granitolo (sic) 29 septembre 1909

 

Procession dans les années 1960.

 

 

Porteurs visibles : Marie-Franceschetti ; Dominique Guerrini ; René Guerrini
Procession de la Saint-Michel dans les rues d'Asco (années 60)

 

 

Les autres statues relèvent de l’art saint-sulpicien.

 

De manière péjorative, on appelle style saint-sulpicien l’art religieux naïf et sans génie, les « bondieuseries » (Léon Bloy ), statues, images, vitraux, qui peuplent les églises et les foyers.

 

Ce qualificatif vient des boutiques d’objet de piété qui entouraient (et il en reste) l’Eglise Saint-Sulpice à Paris.

 

Ces statues de plâtre, de carton comprimé, ou de fonte, mièvres et conventionnelles, reproduites en séries, méritent qu’on y voie aussi l’expression d’un art populaire. 

 

Elles sont l’objet de la ferveur des paroissiens et leur présence dans l’église cache souvent une histoire    particulière, souhait, vœu exaucé, repentir, remerciement… qu’il est hélas difficile de connaître. Les plaques d’ex voto qui les accompagnent parfois ne sont pas toujours    explicites.

 

Elles apprennent aussi quels saints sont honorés dans le village.

 

Asco en possède beaucoup parmi les saints les plus honorés en Corse et reconnaissables à leurs attributs :

 

Saint Roch, son bubon de peste et son chien  qui lui apporte le pain ; Sainte Lucie et ses yeux ;

 

 


 

Saint Antoine de Padoue portant l’enfant Jésus ; Saint Antoine abbé, son bâton et son cochon.

 


 

Sainte Catherine d'Alexandrie et la roue de son martyr ; Saint Joseph et l'enfant Jésus.

 

 


 

Sainte Marguerite qui écrase le démon avec la Croix.

 


 

 

Ou encore : Jeanne d’Arc, Sainte Thérèse de Lisieux (habit de Carmélite et bouquet de roses), Notre-Dame de    Lourdes (sur le modèle qu’Emilien Cabuchet -1809-1902- fit pour l’Eglise de Lourdes) ; le Sacré Coeur.

 

Les saints protecteurs d'Asco seront " exposés à la vénération des fidèles pendant la grande Guerre 1914-1918" comme en témoigne une carte postale de l'époque, du curé François Trojani.

 

On reconnait de gauche à droite Saint-Antoine de Padoue, Sainte-Lucie, Saint-Michel Archange, Saint-Roch.

 

 

 

Les crucifix

 

Trois crucifix en bois : un dans l’abside, un autre contre la chaire et le dernier placé au centre de l’autel majeur.

 


 

 

4) Le mobilier

 


La chaire


Comme dans la plupart des églises, la chaire d’Asco (du latin cathedra, chaise) est placée côté évangile (à gauche en entrant), et au milieu de la nef.


Dans les cathédrales, elle est placée à droite, côté épître.

 

 

ASCO - Eglise Saint-Michel - La chaire (Photo Daniel Alexandre)
ASCO - Eglise Saint-Michel - La chaire (Photo Daniel Alexandre)

La cuve présente 4 panneaux ornés de sculptures en stuc et se termine par un motif en cul de lampe figurant un angelot sans corps aux ailes déployées.

 

Des médaillons sculptés et des têtes d’angelots en bas-reliefs ornent les panneaux.

 

 



 

 

Selon F. Trojani et O. Tencajoli, (op.cit.) la chaire aurait été réalisée par un artiste italien en exil.

 

On y accède par un escalier de pierre peint en faux marbre et placé à droite de la cuve.

 

 

Le meuble de sacristie



Cette commode en bois à 3 tiroirs, destinée sans doute aux vêtements liturgiques, est magnifiquement sculptée de frises et de coquilles ; elle demande à être restaurée.

 

 

 

 

Le banc des confrères



Placé dans l’ex-casazza, ce banc à haut dossier et décorations bicolores a encore fière allure.