LA SEMAINE SAINTE : 4) LES OEUVRES

 

 

LES ŒUVRES

 

Gardons l’ordre chronologique des événements.

Pour l’heure, nous n’avons pas trouvé d’œuvres rappelant l’entrée de Jésus à Jérusalem

 

Les marchands du Temple

 

Arrivé à Jérusalem, Jésus chasse les marchands du temple. (Jean, ch. 21, 13-21).

Cet épisode est à l’origine de la tradition de fermeture et réouverture des portes de l’église à Pâques.

 

 

OLMETA-DI-TUDA - Eglise de l'Assomption
OLMETA-DI-TUDA - Eglise de l'Assomption

 

 

Le Lavement des pieds « A lavanda »

 

Le Jeudi saint, selon les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) et l’Evangile de St Jean, Jésus réunit les apôtres pour un dernier repas (la Dernière Cène).

Avant le repas, se place l’épisode du lavement des pieds (Jean 13,4-12). « a lavanda » en corse.

 

BASTIA -  Oratoire Sainte-Croix - Saverio Farinole
BASTIA - Oratoire Sainte-Croix - Saverio Farinole

 

 

Le mot de M.E. Nigaglioni sur cette grande toile de 2 m x 2.60 :

 

« La composition illustre un passage de l’évangile de Saint Jean où Saint Pierre s’étonne de la proposition de Jésus de laver les pieds de ses apôtres.

Pierre s’écrie : « Toi, seigneur ! tu me laverais les pieds ! » (Jean, 22, 6). En arrière-plan de la scène deux serviteurs s’occupent du couvert et un troisième porte une aiguière.

Un petit chien de compagnie bondit devant un chat qui fait le gros dos. Ce tableau a été classé Monument historique en 1981 comme œuvre de la fin du XVIIe s. » (L’Inventaire du Patrimoine, La Peinture, Ville de Bastia, 2003)

 

Au premier plan on voit les 12 apôtres. 8 à gauche : l’un, de dos, désigne aux autres la scène, à l’extrême gauche, de profil, et vêtu de jaune comme le veut la tradition, Judas tient dans sa main la bourse reçue pour prix de sa trahison.

 

4 apôtres à droite dont Pierre, face à Jésus, qui, les manches relevées, lui présente la bassine ; derrière le Christ, un serviteur (de taille réduite !) porte sur un plateau une aiguière et un linge. A l’extrême droite le jeune apôtre de profil doit être saint Jean.

 


 

 

La composition est très vivante : les apôtres, observons-le, ont chacun une gestuelle, une position un visage particuliers.

C’est presque une scène de genre : Jésus, distingué par son nimbe, porte un tablier noué à la taille, on voit des objets du quotidien, des animaux familiers…

Mais on sent bien de la part des apôtres, le trouble et l’étonnement causés par la volonté de Jésus. Ils seront encore plus troublés l’instant suivant quand Jésus leur apprendra la trahison de Judas.

 

Le décor inscrit la scène dans la chronologie des événements avec cet arrière-plan où se prépare l’événement essentiel de la journée : la dernière cène.

 

 

 

De part et d’autre de la toile, un décor architecturé de colonnes corinthiennes, apporte lustre et solennité.

 

Les motifs du sol très géométriques dirigent le regard vers le fond du tableau et convergent en perspective au centre de la table où Jésus instituera l’eucharistie. Ces lignes verticales et horizontales du décor font encore mieux ressortir l’agitation des apôtres au premier plan.

 

La palette des couleurs (le tableau semble avoir été restauré) est riche et profonde : rouges sombres, bruns, sur lesquels se détache la robe rouge sang du Christ.

 

Bref, c’est vraiment une toile superbe qui est visible tous les jours à l’Oratoire Sainte-Croix à Bastia.

 

 

La Dernière Cène

 

C’est sans doute après la Crucifixion la scène biblique la plus représentée.

 

La Cène se déroule dans le Cénacle (du latin coenaculum, lieu où l’on mange).

 

Le Cénacle de Jérusalem sur le Mont Sion serait la « chambre haute » dont parlent les Évangiles et les Actes des Apôtres (Ac. 1:13), où auraient eu lieu ce dernier repas de Jésus avec ses apôtres, la Pentecôte etc.

 

L’endroit est beau et ressemble en général à une pièce d’apparat : meubles, tentures, vaisselle et ustensiles d’argent, décor architecturé de colonnes ou d’arcades, souvent ouvert au fond sur le ciel ou une veduta. Commençons par l'une des Cènes les plus célèbres, celle de Léonard de Vinci visible à Milan.

Sur la table dressée de plats et d’aiguières, on distingue des cratères ou des calices et des plats garnis de viande (l’agneau pascal) ou de poisson, (en rapport avec le nom grec de Jésus (ihktos en grec) et du pain.

 

Au cours de ce repas Jésus va instituer l’Eucharistie et désigner Judas comme celui qui l’a vendu pour trente deniers.

 

 « Buvez car ceci est mon sang, mangez car ceci est mon corps » dira Jésus au moment de l’Eucharistie, principal sacrement de l’église chrétienne (en grec ancien εχαριστία / eukharistía, « action de grâce ») qui se perpétue dans la messe, et la communion.

 

L’épisode est rapporté dans les Evangiles : Matthieu 26,21 ; Marc 14,18 ; Luc 22,21, Jean 13,21).

 

Matthieu 26, 20-25. Le soir venu, il se mit à table avec les douze. Et comme il mangeait, il dit :

Oui je vous le dis, l'un de vous va me livrer. Très tristes, ils commencèrent chacun à lui dire : Est-ce moi, seigneur ? Il répondit : celui qui a trempé le pain dans le plat avec moi, c'est lui qui va me livrer... Judas qui le livrait lui dit à part : est-ce moi rabbi ? Il lui répondit : Tu l'as dit..."

 

Les constantes (ou codes) iconographiques.

Face à nous, les apôtres sont assis à une longue table.

Jésus au centre est entouré de Jean pratiquement couché sur lui et de Pierre reconnaissable à sa tonsure et à ses cheveux blancs.

Les apôtres, manifestent leur confusion et leur perplexité chacun à leur manière ; tourné vers Jésus … Jean s’est endormi.

Et Judas ? En général il est isolé du groupe, souvent présenté en bout ou de l’autre côté de la table.

La Cène de Léonard où Judas (à gauche vêtu de bleu) est tout près du Christ, de Jean et de Pierre en est  un contre-exemple.

Judas est reconnaissable à son physique ingrat, à son habit souvent jaune (couleurs des Juifs au Moyen Age), le teint mat, les cheveux roux (signe diabolique), pas de nimbe ou alors noir, et porteur d’une bourse,  car c’était le trésorier des apôtres mais c’est surtout le prix de sa trahison.

 


 

 

Cette scène est assez souvent représentée dans les églises corses que nous connaissons.

Voici quelques oeuvres parmi les plus intéressantes. On pourra identifier, dans chacune, l’une ou l’autre constante iconographique ou ses variations.

 

16ème siècle

Belgodere   : Eglise Saint-Thomas : La Vierge à l’enfant avec Pierre et Thomas en présence des donateurs. La prédelle qui souligne le bas du retable représente la Cène (Aicardo & Castellini 1595). (cf. M.-E. Nigaglioni (et alii) : Deux tableaux avec portraits de donateurs, Belgodère et Palasca vers 1600, Ed. Piazzola 2009). 

 

BELGODERE Eglise Saint-Thomas
BELGODERE Eglise Saint-Thomas
BELGODERE Saint-Thomas Prédelle
BELGODERE Saint-Thomas Prédelle

 

17ème siècle.

 

 

Deux œuvres de Marc-Antonio De Santis, au réfectoire du couvent de Marcasso et à la confrérie Saint-Antoine-Abbé de Corbara.

 

 

Bien qu’ayant subi l’injure du temps, la peinture murale de Marco-Antonio De Santis est d’une belle fraîcheur. Jésus-Christ rompt le pain de l’Eucharistie.

 

On distingue à droite un autre pain devant l’apôtre qui semble être Judas si l’on en croit les paroles de l’Evangile citées plus haut.

 

Pour les autres, l’auteur a pris soin d’inscrire leur nom dans leur auréole.

 

De gauche à droite on distingue ainsi Thomas, Matthieu, André, Jean – qui s’est endormi -, Pierre, Barthélémy, Jacques le Mineur, Matthias et au premier plan Simon, devant Judas.

 

Le visage de chacun est très expressif soucieux, scandalisé, interrogateur… et leur main posée sur la poitrine semble dire « Ce n’est pas moi Seigneur ! »

Beau profil sévère de l’apôtre au premier plan, variété des couleurs et drapés élégants des manteaux.

 

A la mairie de Pigna un tableau, vraisemblablement un legs Fesch, représente également la Cène.

 

En bas la bassine et l’aiguière rappellent le Lavement des pieds. On distingue Judas à droite en amorce. Chacun se regarde et s’interroge, l’un d’eux paraît compter sur ses doigts.

 

Fin 17ème début 18ème

 

Cateri  Eglise du Saint-Esprit du couvent de Marcasso (Casalta)

 

 

Ce tableau de Casalta a figuré à l’Exposition Les Confréries de Corse une société idéale en Méditerranée, au Musée de Corte en 2012.

Cette composition est structurée par d’imposantes colonnes de style corinthien qui divisent la scène en trois parties ; un grand dais pavillon au centre abrite Jésus et le signale à l’attention ; au fond, des fenêtres en ogive ouvrent sur un paysage. A l’arrière-plan, un serviteur apporte les plats sur un geste de l’intendant ( ?) à droite.

Les tonalités plutôt sombres s’éclairent sur le visage et les mains de Jésus très blancs. Et Jean s’est endormi contre Jésus…

Ici encore le jeu des physionomies et des mains est très parlant et reflète les sentiments qui animent les apôtres. On remarque comme les mains sont fines et les doigts déliés, comme le seront plus tard ceux de Francesco Carli (1735-1821).

Isolé et se détournant des autres convives, Judas le jaune tient la bourse de sa trahison tandis qu’un diablotin l’agrippe par son manteau pour l’entraîner.

 

 

18e siècle.

 

 

Calenzana Eglise Saint-Blaise (Vicente Suarez)

 

 

CALENZANA Eglise Saint-Blaise
CALENZANA Eglise Saint-Blaise

 

 

Speloncato confrérie : Cène du "Maître des anges musclés" (peintre anonyme très fécond en Corse ainsi dénommé par M.-E. Nigaglioni).

Ce tableau adopte un autre point de vue : le Christ est debout, profil inspiré et regard illuminé alors qu’il consacre l’Eucharistie.

 

Deux apôtres semblent du doigt désigner Judas placé au premier plan pratiquement face à Jésus.

 

Le décor est riche (serviteurs en habit, aiguières, vases en or ou argent, tentures) et au fond l’échappée sur un ciel noir et mouvementé où la lune et les planètes semblent rouler au-dessus du Golgotha, où le sacrifice divin va s’accomplir.  

 

Venzolasca : Eglise Sainte-Lucie. Le maître-autel est orné d’un bas-relief qui figure la Cène.

 

 

 

VENZOLASCA - Eglise Sainte-Lucie - Maître-autel
VENZOLASCA - Eglise Sainte-Lucie - Maître-autel

 

Pour plus de renseignements sur les artistes cités, reportez-vous à la « bible » des amateurs des peintres corses : l’Encyclopédie des peintres actifs en corse… de Michel-Edouard Nigaglioni (op.cit.).

 

Le Jardin des Oliviers

 

 

Après la Cène, Jésus se rend au mont des Oliviers (Gethsémani en hébreu) accompagné de Pierre, Jacques et Jean. Les apôtres s’endorment tandis que Jésus, saisi d’angoisse, passe la nuit en prière.

A partir du XVe s., où l’on veut rendre sensibles les tourments de la Passion, on représente Jésus à genoux au sommet du mont. Un ange lui apparaît, tenant un calice, celui que Jésus devra boire jusqu’à la lie… (Matthieu, 26,42).

 

 


SPELONCATO - Eglise de l'Assomption -
SPELONCATO - Eglise de l'Assomption -

 

 

L’arrestation et le jugement.

 

Dans la nuit au mont des Oliviers Jésus désigné à la milice par le baiser de Judas est arrêté. Il est emmené devant le grand prêtre Caïphe et le Sanhédrin. 

 

C’est alors que se situe l’épisode communément appelé la dérision  du Christ ou le Christ aux outrages ou encore le Christ aux liens (Matthieu 26,67 ; Marc 14,65 ; Luc 22,63-65).

Les gardes le huent, lui crachent au visage, le couvrent de sarcasmes. Le Christ aux outrages a les yeux bandés, ses mains sont enserrées par des liens ; on lui pose une couronne d’épines sur la tête et on l’oblige à porter un sceptre de roseau.

 

Il est ensuite présenté devant Ponce Pilate dans cet équipage. Après le jugement, Ponce Pilate se lave les mains et décide de libérer Barabbas.

Cette scène figure dans la station 1 des chemins de croix.

 

 


 

 

Le Christ est attaché à une colonne, haute et mince jusqu'au XVIème, le modèle étant la colonne de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

 


 

Après le concile de Trente, les artistes ont adopté la colonne basse, d'après la colonne en forme de balustrade conservée depuis le XIIème siècle dans la basilique sainte-Praxède de Rome.

Jusqu'au XIVe siècle, les bourreaux sont au nombre de deux armés de fouet faits de lanières munis de nœuds ou de boules de métal, ou de bâtons.

 


Anonyme allemand 16è (Ajaccio - Palais Fesch )
Anonyme allemand 16è (Ajaccio - Palais Fesch )

 

 

Le Couronnement d’épines.

 

"Ils le revêtent de pourpre, et ils lui mettent sur la tête une couronne d'épines qu'ils ont tressée" (Matthieu 27,29).

 

 



 

Puis, en une odieuse parodie, la soldatesque défile devant lui en criant "Salut, roi des juifs" ; on lui crache au visage et on le frappe du roseau qu'il tient à la main.

 

Ponce Pilate annonce qu’il emmène le condamné dehors. Il le présente à la foule en disant : « Voici l’homme », « Ecce homo » en latin (Jean 19, 4-6). Et tous de s’écrier : « Crucifie-le ».

 

Ponce Pilate accepte alors de condamner Jésus malgré l’avertissement de sa femme Claudia Procula   Qu'il n'y ait rien entre toi et ce juste ; car aujourd'hui j'ai beaucoup souffert en songe à cause de lui ” (Mathieu, 27,19).

 

 

 


 

 

 

Le chemin de croix (Via crucis)

 

Les quatorze stations de la montée au calvaire méritent à coup sûr plus d’une page puisque le chemin de croix, parcouru symboliquement tous les vendredis saints,  figure quasiment dans toutes les églises. 

Ces tableautins sont souvent très anciens et pour certains sont de la main de peintres connus : Carli, Grandi, Morazzani, Farinole etc.

 

Voici, sans préjudice d’une étude ultérieure, 14 stations réalisées par des peintres actifs en Corse

 






 

A noter : la station 1 du chemin de croix de San-Lorenzo, peinte par Francesco Carli, est la seule qui reste. Les autres ont disparu ; certaines, émanant de dons particuliers, ont été récupérées par les donateurs (merci Michel-Edouard Nigaglioni).

 

Le chemin de croix de Borgo (ici la station 4) est, pour l'instant, le seul qui soit légendé en langue corse.

 

Vous trouverez de plus amples renseignements sur ces peintres dans l’ouvrage de M.E. Nigaglioni, op.cit.

Certains épisodes du chemin de croix ont fait l'objet de représentations isolées comme le portement de croix, l’épisode de Véronique et bien sûr, la Crucifixion et la Déposition (voir aussi les sepolcri ).

 



 

 

Le tableau ci-dessus, Le portement de croix, venant de l’Oratoire de la confrérie de l’Immaculée-Conception à Bastia, est analysé dans l’ouvrage Ville de Bastia, l’inventaire du Patrimoine, la peinture, p.7.

 

 

LA CRUCIFIXION 

La Crucifixion étant la scène de la vie du Christ la plus représentée, elle sera traitée dans une autre page, même si bien sûr elle est part entière des événements et des rites de la Semaine sainte.

Il en sera de même pour les scènes de la descente de croix, de la déposition, de la Pietà qui lui est corollaire  et de la mise au tombeau.