LE TETRAMORPHE ET LES QUATRE EVANGELISTES EN CORSE

 

 

Les Evangiles écrits par Mathieu, Marc, Luc et Jean sont reconnus par l'Eglise chrétienne comme les seuls textes canoniques.

 

Considérés comme les compagnons du Christ les quatre évangélistes de ce fait figurent en bonne place dans les édifices religieux, et ensemble la plupart du temps.

 

On les voit dans des médaillons, sur les voûtes et dans les absides, accompagnés de leur symbole allégorique respectif : le tétramorphe. 

 

Matthieu est représenté par un ange (ou homme) ; Marc par un lion, Luc par un taureau (ou boeuf) et Jean par un aigle.

 

 

Gavignano - Chapelle à fresques San-Pantaleon avant restauration 2011 - Le Christ en majesté entouré du tétramorphe
Gavignano - Chapelle à fresques San-Pantaleon avant restauration 2011 - Le Christ en majesté entouré du tétramorphe
Gavignano - San-Pantaleon - Chapelle à fresques - Le tétramorphe entourant le Christ en majesté - Cliché corse-romane.eu - après restauration 2020
Gavignano - San-Pantaleon - Chapelle à fresques - Le tétramorphe entourant le Christ en majesté - Cliché corse-romane.eu - après restauration 2020
Furiani - Chapelle à fresques Santa-Maria-Assunta - Le tétramorphe entourant le Christ en majesté - Cliché corse-romane.eu
Furiani - Chapelle à fresques Santa-Maria-Assunta - Le tétramorphe entourant le Christ en majesté - Cliché corse-romane.eu
Valle di Campoloro - Chapelle à fresques Santa-Cristina - Abside de gauche - Le tétramorphe entourant le Christ en majesté
Valle di Campoloro - Chapelle à fresques Santa-Cristina - Abside de gauche - Le tétramorphe entourant le Christ en majesté
Castirla - Chapelle Saint-Michel - Chapelle à fresques - Le tétramorphe entourant le Christ en majesté
Castirla - Chapelle Saint-Michel - Chapelle à fresques - Le tétramorphe entourant le Christ en majesté

 

Le tétramorphe, dans des peintures monumentales, illustre la plupart du temps les voûtes des églises.

 

Mais on le trouve aussi comme motif sur des chaires à prêcher, des crucifix ou encore sur des lutrins :

 

Costa - Eglise San Salvadore - Chaire à prêcher : Matthieu - Marc - Luc - Jean
Costa - Eglise San Salvadore - Chaire à prêcher : Matthieu - Marc - Luc - Jean
Vallica - Eglise de La Nativité - Chaire à prêcher - Aloisi (Moltifao) 1870
Vallica - Eglise de La Nativité - Chaire à prêcher - Aloisi (Moltifao) 1870
Matthieu
Matthieu
Marc
Marc

Luc
Luc
Jean
Jean

Tralonca - Eglise Saint-Bernardin - Chaire à prêcher
Tralonca - Eglise Saint-Bernardin - Chaire à prêcher

Pietra-di-Verde - Eglise Saint- Elie - Chaire à prêcher avec le tétramorphe
Pietra-di-Verde - Eglise Saint- Elie - Chaire à prêcher avec le tétramorphe

 

La cuve de cette magnifique chaire à prêcher, soutenue par un ange atlante, présente 4 panneaux ornés du tétramorphe. Elle est vraisemblablement réalisée par un Raffalli, de la célèbre dynastie des sculpteurs stucateurs de Castagniccia.

 

Emmanuel, Isaie 7,14 / Dieu avec nous, Matthieu 1,23
Emmanuel, Isaie 7,14 / Dieu avec nous, Matthieu 1,23
"Or pendant qu'il s'acquittait de ses fonctions devant Dieu" Luc I,8
"Or pendant qu'il s'acquittait de ses fonctions devant Dieu" Luc I,8
"La voix de celui qui crie dans le désert" Marc I,3
"La voix de celui qui crie dans le désert" Marc I,3
"Au commencement était le Verbe" Jean I,2
"Au commencement était le Verbe" Jean I,2

Omessa - Eglise Saint André - Chaire au tétramorphe
Omessa - Eglise Saint André - Chaire au tétramorphe
La Porta - Eglise Saint-Jean-Baptiste -  Crucifix avec le tétramorphe
La Porta - Eglise Saint-Jean-Baptiste - Crucifix avec le tétramorphe
Lopigna - Eglise Saint-Thomas - Lutrin avec tétramorphe
Lopigna - Eglise Saint-Thomas - Lutrin avec tétramorphe

 

Quelle est l'origine de ce tétramorphe (tetra = quatre ; morphè = forme) ?

 

Ce terme désigne les "Quatre vivants" créatures ailées qui tirent le char du prophète Ezéchiel dans sa vision et qui présentent des faces à la fois humaines et animales (Ezechiel, 1,1)

 

"Quant à la forme de leurs faces, ils avaient une face d'homme, et tous les quatre avaient une face de lion à droite, et tous les quatre avaient une face de taureau à gauche, et tous les quatre avaient une face d'aigle."

 

Voici des tétramorphes illustrant les voûtes des églises et classés par régions.

 

BALAGNE

 

Muro - L'Annonciation - le tétramorphe - Luigi Polleri peintre génois établi très tôt en Corse (1780-1853)
Muro - L'Annonciation - le tétramorphe - Luigi Polleri peintre génois établi très tôt en Corse (1780-1853)


Novella - Eglise Sainte-Croix - Voûte avec tétramorphe
Novella - Eglise Sainte-Croix - Voûte avec tétramorphe


Occhiatana - Eglise de l'Assomption - Maître autel et nef - Décors peints par Fortius-Joseph Marchesi (Belgodère 1823-1885)
Occhiatana - Eglise de l'Assomption - Maître autel et nef - Décors peints par Fortius-Joseph Marchesi (Belgodère 1823-1885)

Palasca - Eglise de l'Assomption - Giovanni Pandini (Véronais d'origine installé en Corse) - 1872
Palasca - Eglise de l'Assomption - Giovanni Pandini (Véronais d'origine installé en Corse) - 1872


 

REGION DE BASTIA

 

Crocicchia - Eglise Saint-André
Crocicchia - Eglise Saint-André
Penta-Acquatella - Eglise de la Nativité - Le tétramorphe - Domenico Paccioni(né à Corte en 1843) - (1888)
Penta-Acquatella - Eglise de la Nativité - Le tétramorphe - Domenico Paccioni(né à Corte en 1843) - (1888)

Monte - Eglise Saint-Sauveur - Alberto Gillio (1892-1964) et Fils 1954
Monte - Eglise Saint-Sauveur - Alberto Gillio (1892-1964) et Fils 1954

 

CAP CORSE

 

Olmeta di Capicorsu - Eglise Saint-Césaire - peintures Antonio Morazzani (né à Moltifao en 1842)) -
Olmeta di Capicorsu - Eglise Saint-Césaire - peintures Antonio Morazzani (né à Moltifao en 1842)) -


Luri - Gaetano Leoni (1846-1924) - 1898
Luri - Gaetano Leoni (1846-1924) - 1898
Matthieu
Matthieu
Luc
Luc
Marc
Marc
Jean
Jean

Tomino - Eglise Saint-Nicolas - Le Tétramorphe - Pietro Sicuri (né à Parme, actif en Corse 1863-1906)
Tomino - Eglise Saint-Nicolas - Le Tétramorphe - Pietro Sicuri (né à Parme, actif en Corse 1863-1906)

 

CASINCA 

 

Venzolasca - Eglise Sainte Lucie - Voûte - Le tétramorphe - Peintures Paccioni
Venzolasca - Eglise Sainte Lucie - Voûte - Le tétramorphe - Peintures Paccioni

 

CASTAGNICCIA

 

Felce - Eglise Saints-Côme et Damien - Voûte -Le tétramorphe - Gherardo Gherardi (né à Milan vers 1827) - 1857
Felce - Eglise Saints-Côme et Damien - Voûte -Le tétramorphe - Gherardo Gherardi (né à Milan vers 1827) - 1857
Luc
Luc
Marc
Marc
Jean
Jean
Matthieu
Matthieu

Novale - Gherardo Gherardi (né à Milan vers 1827) -  1857
Novale - Gherardo Gherardi (né à Milan vers 1827) - 1857


Santa-Lucia di Moriani - Voûte - Gherardo Gherardi
Santa-Lucia di Moriani - Voûte - Gherardo Gherardi


Piazzole - Eglise de l'Annonciation - Joseph Giordani (né à Bastia en 1815) vers 1840
Piazzole - Eglise de l'Annonciation - Joseph Giordani (né à Bastia en 1815) vers 1840


Talasani - Joseph Giordani (né à Bastia en 1815) - voûte en trompe-l'oeil d'après celle d'Andrea Pozzo (Sant-Ignazio de Rome)
Talasani - Joseph Giordani (né à Bastia en 1815) - voûte en trompe-l'oeil d'après celle d'Andrea Pozzo (Sant-Ignazio de Rome)

 

Les Quatre vivants de la vision d'Ezéchiel sont évoqués à nouveau dans l'Apocalypse de Jean (4, 7-8).

 

Décrivant le trône de la majesté divine dont l'Evangéliste a eu la vision : "(...) il y a quatre êtres vivants remplis d'yeux devant et derrière. Le premier est semblable à un lion, le deuxième à un veau, le troisième à la face d'un homme et le quatrième à un aigle qui vole ; ils ont chacun six ailes et des yeux tout autour et au-dedans".

 

Dès le IIè s. les Pères de l'Eglise, en particulier Irénée de Lyon qui conféra aux seuls 4 évangiles la légitimité, ont attribué ces allégories aux Evangélistes.

 

Quelle est leur signification ? Plusieurs théories ...

 

A Marc le lion, dont l'Evangile s'ouvre sur Saint Jean "vox clamantis in deserto", voix clamant dans le désert, comme rugit un lion.

 

A Matthieu l'homme-ange dont l'Evangile commence par la généalogie de Jésus.

 

A Luc le taureau ou le boeuf, qui évoque depuis l'Antiquité le sacrifice à Dieu. 

 

A Jean l'aigle qui entame son Evangile par le mystère céleste comme vu par l'aigle en plein vol.