SAINT CESAIRE EN CORSE

 

 

Il y a quelques mois, don Mario Bove, curé de la paroisse San Cesareo en Italie, nous a demandé copie d'un tableau de Saint Césaire qu'il avait vu sur notre site.

 

 

LOZZI - Eglise St Jacques le Majeur - Tableau de Francesco Carli
LOZZI - Eglise St Jacques le Majeur - Tableau de Francesco Carli

 

 

On y voit sainte Lucie, saint Martin à gauche et saint Césaire à droite adorant la Trinité figurée par un oeil inscrit dans un triangle (dont la pointe supérieure a été coupée pour des raisons d'encadrement semble-t-il).

 

On reconnaît sans peine la "touche" Carli et ses personnages un peu tassés aux visages ronds.

 

Don Mario Bove s'occupe activement de l'histoire de Saint Césaire, ce diacre du Ier s. ap. J.C. originaire d'Afrique et martyrisé à Terracina dans le Latium.

 

 

 

 

 

Il nous a communiqué un opuscule très documenté sur la vie et les oeuvres du saint, qui confronte les apports de l'histoire et de la légende en s'appuyant sur les travaux des chercheurs et les hypothèses des historiens.

 

Sur sa proposition, nous venons de le traduire en français. (voir mise à jour en bas de page)

 


 

 

C'est donc l'occasion d'évoquer ici ce saint honoré en Corse depuis très longtemps. Plusieurs édifices encore debout ou en ruines répondent au vocable San Cesareo.

 

Tableaux et statues le représentent avec ses attributs conventionnels : la dalmatique et la palme du martyr.

 

 

 

 

 

Le problème c'est que dans l'histoire des saints, il y a plusieurs Césaire ...

 

Le diacre martyr du Ier s. fêté le 1er novembre et Césaire, archevêque d'Arles au VIè s. fêté le 27 août.

 

 


 

 

Les deux saints sont présents en Corse mais la plus grande confusion règne dans les vocables et les représentations.

 

Même Geneviève Moracchini-Mazel s'y perd (Corsica sacra op. cit. p. 143). C'est dire...

 

Peu importe finalement. Partons à la découverte des Césaire de Corse d'où qu'ils viennent !

 

 

Saint Césaire de Terracina

 

 

 

Comme Etienne ou Laurent, Césaire de Terracina est  un diacre (du grec diakonos, serviteur) qui assiste l'évêque dans son ministère. Son nom vient du latin Caesar, César.

 

Dès le VIe s. on connaît sa vie par ses Passio (récits de son martyre), plus légendaires qu'historiques.

 

On y voit à l'oeuvre le même principe que dans les grandes gestes épiques de l'Antiquité et du Moyen Age où aèdes, bardes et troubadours étoffaient à loisir leur récit de nouveaux épisodes (inventés) de la vie du héros.

 

A cela s'ajoute chez les hagiographes l'amalgame entre plusieurs martyres. 

 

Ainsi, Césaire venu d'Afrique, arrive à Terracina, à l'époque de Trajan, où il ne fait pas bon refuser de sacrifier aux dieux romains. 

 

 

Rocher de Terracina (Monte Pisco) sur la côte thyrrhénienne, d'où St Césaire aurait pu être précipité
Rocher de Terracina (Monte Pisco) sur la côte thyrrhénienne, d'où St Césaire aurait pu être précipité

 

 

Ayant protesté vigoureusement contre un sacrifice humain rituel, Césaire est arrêté par le consul Lussorius.

 

Après bien des péripéties, il est condamné avec son compagnon, le prêtre Julien, à la Poena cullei (la peine du sac),  réservée aux parricides.

 

 

 

 


Tallone - Eglise Saint-Césaire - Martyre de Saint-Césaire (Francesco Carli)
Tallone - Eglise Saint-Césaire - Martyre de Saint-Césaire (Francesco Carli)

 

 

 

Le tableau de Carli ne rend pas compte de toute la cruauté du châtiment.

 

Le condamné, chaussé de sabots de bois et la tête couverte d'un capuchon en peau de loup, était fouetté (virgae sanguinis).

 

Puis il était enfermé dans un sac en compagnie d'une vipère, d'un chien, d'un coq et d'un singe et, après avoir été transporté dans un char mené par deux boeufs noirs, il était jeté à la mer.  

 

Tous ces détails et bien d'autres figurent dans le livret fourni par Don Mario Bove qui s'ingénie à essayer de localiser les faits.

 

 

 

 

 

 

 

Le culte de Césaire de Terracina se répand très tôt.

 

Dès le VIIIè s. sur les ruines d'un édifice thermal on construit, à Terracina, une église consacrée au saint.


 

 

Saint Césaire d'Arles

 

 

Né en 470 environ à Châlon-sur-Saône, il est d'abord moine à Lérins puis évêque d'Arles en 505 à l'époque des Ostrogoths.

 

Il est convoqué à Ravenne où le roi Théodoric lui confie outre des bénéfices sonnants et trébuchants, la primatie d'Arles. 

 

Le pape lui accorde des privilèges et lui remet le pallium, écharpe de laine brodée de petites croix et insigne des papes. Le voici vicaire du pape.

 

Il crée un monastère de femmes aux Aliscamps que dirige sa soeur Césarie et meurt à 73 ans le 27 août 543.

 

C'est à cette date qu'il est fêté dans les villages corses dont il est le patron.

 

 

En Corse

 

 

On dénombre pas moins de 20 sanctuaires paléochrétiens dont il ne subsiste parfois rien.

 

 

Sur ce nombre, Geneviève Moracchini-Mazel en relève au moins trois consacrés à Saint Césaire d'Arles :

 

 

 

- Grosseto-Prugna près d'Ajaccio

 

- Pietracorbara dans le Cap-Corse : la chapelle du hameau de Cortina, et sa Nativité de G. B. Moro (XVIIIe s.) où figure à gauche Césaire avec sa crosse et son écharpe. On distingue à peine un drôle de boeuf au premier plan.

 

- L'ancienne église de Volpajola, aujourd'hui église de l'Annonciation,  reconstruite vers le XIè s. qui présente un superbe retable  : 4 saints entourent la Vierge, dont Saint-Césaire.

 

Ce n'est pas facile d'identifier les évêques quand ils n'ont pas d'attributs spécifiques. Néanmoins celui de droite est sans doute Blaise (peigne de fer) à côté de saint Pierre ; à droite, ce serait saint Martin et notre Césaire.

 

 

 

 

A ce jour nous pouvons répertorier, sans savoir au juste de quel Césaire il s'agit :

 

- la chapelle San-Cesaru à Rapale (Nebbio), à 20 mn de marche du village, en ruine. Elle présente un bel appareil de schiste vert et pierre blanche ; sa restauration a été malheureusement interrompue.

 

- A Rutali, il existait une chapelle San-Seri ou Zeri (Cesario) qui remplacera l'église romane de San Vitu grâce à Mgr Castagnola en 1619 , sous le double vocable San-Vitu et San-Cesario.

 

- Dans le sud, chapelles à Zonza (en ruines à 800 mètres du village), à Cozzano, (ruines encore visibles) dans le Sud ; à Saliceto (ancienne église Saint-Césaire du hameau de Vicinato) dans le Cortenais.

 

 

Les autres édifices sont dédiés à Saint-Césaire de Terracina.

 

 

- L'église Saint-Césaire de Bustanico dans le Cortenais, abrite un tableau représentant le saint, le regard fixé sur le spectateur, qui montre du doigt la Vierge et l'Enfant siégeant dans les nuées.

 

Face à lui saint Antoine désigne de la main la terre ; les deux personnages établissent ainsi un lien entre le ciel et ici-bas par l'intermédiaire de la Vierge. 

 

 

 

- L'église Saint-Césaire de Tallone sur la Costa Verde (voir Corsica sacra de G. Moracchini-Mazel, pour la confusion entre les deux saints).

 

On lira avec profit le commentaire de M.-E. Nigaglioni du tableau de Carli à propos de la figure du Maure :

 

(L'Iconographie du Maure dans la peinture corse de la période baroque, catalogue de l'exposition A Moresca, Corte, Musée de la Corse 1998 et Iconographie du Maure in La Corse, la Méditerranée et le monde musulman, Ed. A. Piazzola).

 

Le visage angélique et enfantin du saint s'oppose à l'expression farouche et bestiale du Maure dont le vêtement à la turque est bien sûr anachronique.

 

En arrière-plan, Carli a peint un paysage du Cap-Corse. Au-dessus du diacre, l'ange tient, prêtes, la palme et la couronne du martyr.

 

 

 

 

- A Croce d'Ampugnani en Castagniccia, l'église Saint-Césaire conserve deux toiles représentant le saint :

 

l'une sur le maître-autel,  de Francesco Carli où on le voit aux pieds de l'Immaculée Conception, inspirée de Carlo Maratta, et en compagnie de sainte Lucie.

 

L'autre toile le montre en gloire, entouré d'anges.

 

 

 

 

 

 

 

- Piazzole en Castagniccia: l'église paroissiale actuelle était primitivement dédiée à Saint Césaire.

 

En témoigne la fresque de Joseph Giordani.

 

 



 

- La chapelle romane San Cesario à Cateri en Balagne honore le saint par un tableau placé au-dessus l'autel et une statue réalisée par Tony Casalonga (2011) qui reproduit au détail près l'image du saint du tableau.

 

Césaire y figure en pied au centre de la toile, entouré de Lucie, Pierre et Paul tandis qu'au registre supérieur siègent la Vierge et l'Enfant.

 

On voit bien le vêtement rituel du diacre : la dalmatique portée sur la chasuble (comme saint Laurent ou saint Etienne).

 

D'origine dalmate elle était portée à Rome, puis par les papes. Elle comporte traditionnellement des galons (les claves). Plus une étole.

 

 

 

 

Au passage quelques mots sur la chapelle romane du XIIe s. et son bel appareil de basalte noir dont la façade est un peu alourdie par de massifs contreforts.

 

L'intérieur est entièrement restauré ; en voilà une de sauvée !

 

 

- L'église Saint-Césaire à Olmeto-di-Capi-corsu.

 

La statue placée sur le maitre-autel pose un problème : on lit clairement S. Cesareo sur le piédestal mais le costume de soldat romain est étrange.

 

 

 

 

Sur le tableau figurant l'Adoration du Saint-Sacrement on reconnaît à droite Saint-Erasme et à gauche un soldat romain.

 

Il pourrait s'agir de Saint-Pancrace et non pas de Saint-Césaire. Mais cela demanderait précision.

 

 

 



Sur le tableau de Benigni, où le diacre figure à gauche en compagnie d'Erasme, alors qu'en haut se tiennent la Vierge et Félix de Cantalice, on admirera le joli tissu fleuri de la dalmatique ! Et les souliers à boucle comme au XVIIe s..

 

 

Quant à la grappe de raisin, ajout maladroit destiné à cacher un trou peut-être (?) ; il faut voir s'il y a un rapport avec le diacre et lequel. Confusion avec le diacre saint Vincent patron des vignerons ?

 

 

 

 

- La chapelle du hameau de Pastoreccia à Piedicroce, possède un tableau d'autel "Apparition de la Vierge à l'Enfant à Saint Pierre, Saint François d'Assise et Saint Césaire" (à droite).

 

 



Quittons provisoirement Césaire (s) qui nous aura permis cette promenade dans les villages corses et leur patrimoine.

 

A bientôt.

Mise à jour le 31 octobre 2018 :

Don Mario Bove a publié son opuscule traduit en français par nos soins sur le site Academia.edu où l'on peut lire le texte in extenso. En voici l'adresse :

 https://www.academia.edu/32949484/Livre_Saint_C%C3%A9saire_diacre_et_martyr_de_Terracina_Texte_et_Illustrations_de_Giovanni_Guida_-_Traduction_de_Dominique_Guerrini_et_Jean-Etienne_Guerrini_2016