SAINT GEORGES en Corse - Novembre 2018

 

 

Saint-Georges en Corse n'est pas seulement une eau minérale. Ce saint quasi légendaire est lié à l'histoire de Gênes et donc à la Corse. 

 

Son histoire réactive mythes et symboles qui ont parcouru les civilisations les plus anciennes. L'Eglise catholique le range parmi les saints tueurs de dragons (sauroctones) et les saints intercesseurs.

 

Pourtant, sur l'île, peu d'édifices lui sont dédiés. Le culte de ce militaire à cheval aurait décliné après le développement de l'artillerie !

 

Les édifices

 

Selon G. Moracchini-Mazel (Corsica sacra,op.cit. p.134-135) une vingtaine d'églises et chapelles lui auraient été consacrées dès le IXè s. Voyons ce qu'il en reste.

 

 

Eglise Saint-Georges d'Algajola (Balagne)
Eglise Saint-Georges d'Algajola (Balagne)
Bâtie au 15è s.-brûlée par les Sarrasins-reconstruite en 1618-
Bâtie au 15è s.-brûlée par les Sarrasins-reconstruite en 1618-


La chapelle San Giorgio de Pianu d'Ampugnani  a été construite entre  le VIIè s. et le XIè s. voire plus tôt, sur un site préhistorique. Remaniée en 1843 en style néo- classique, elle a perdu son abside. Edifiée sur une falaise, elle offre une belle vue sur la vallée du Fiumalto.

 

 

Pianu (Castagniccia) Chapelle St-Georges
Pianu (Castagniccia) Chapelle St-Georges
San Gjorghju di u Pianu (Cl. M. Santoni)
San Gjorghju di u Pianu (Cl. M. Santoni)

 

 

La chapelle Saint-Georges de Valle d'Orezza, éloignée du village, à 700 m d'altitude, date du XIè s, comme l'indique le cartel à l'entrée.

 

Détruite par la neige au XVè s. elle a été reconstruite au XVIè s.  Elle est, comme on dit, nichée parmi les châtaigniers et présente des portes aux pierres et linteaux intéressants. 

 

Chaque année une procession s'y rend le 23 avril, fête de Saint Georges, comme à Olivese où la coutume veut qu'on en rapporte une branche d'arbousier qui ne sèche pas de l'année.

 

 


Valle d'Orezza (Castagniccia) - Chapelle St Georges -Clichés Corseromane.eu

Pour la description détaillée voir G. Moracchini-Mazel, op.cit. p.65

Rogliano (Cap Corse)-ch. St-Georges (cl.Corse romane)
Rogliano (Cap Corse)-ch. St-Georges (cl.Corse romane)

La chapelle de Rogliano peut dater du Xe s. comme celles de Vallecalle ou Calacuccia.

Vallecalle- chapelle S-Georges IXè-Xè .s
Vallecalle- chapelle S-Georges IXè-Xè .s
Olivese (Corse du Sud)-chapelle Saint Georges (cl. internet)
Olivese (Corse du Sud)-chapelle Saint Georges (cl. internet)

Une légende s'attache à la construction de cette chapelle - voir le site de 

Vincent Lucciardi : http://perso.wanadoo.fr/vincent.lucciardi

 

 

Autre chapelle dédiée à Sartène (Foce Bilzese) mais nous n'avons pas de photos.


Quenza - Eg. St-Georges
Quenza - Eg. St-Georges
Quenza - réemploi d'éléments romans - Cl.Corse romane
Quenza - réemploi d'éléments romans - Cl.Corse romane

 

 

G. Moracchini-Mazel signale encore des traces d'édifices Saint-Georges à Zonza, Carbuccia, Antisanti, Grosseto.

 

C'est non loin de ce dernier village, sur la route qui relie Ajaccio à Sartène que se trouve le Col Saint-Georges, proche de l'usine d'embouteillage de la célèbre eau de source.

 

La Légende dorée de Saint Georges

 

Georges (en grec son nom signifie laboureur) aurait vécu au IVè s. C'était un militaire romain chrétien sous Dioclétien.

 

Il agit en homme de bien et en prosélyte si bien qu'il est arrêté et gravement martyrisé (un catalogue d'atrocités) mais toujours sauvé in extremis par une intervention divine.

 

Il finira décapité et là personne ne peut plus rien pour lui. Pour plus de détails voir La Légende dorée* de Jacques de Voragine (1265 environ) ou encore wikipedia.

 

 

Carpaccio- scènes du  martyre - (Venise Eg San Giorgio Maggiore)
Carpaccio- scènes du martyre - (Venise Eg San Giorgio Maggiore)
Paolo Uccello-Musée Jacquemart-André-1465
Paolo Uccello-Musée Jacquemart-André-1465
Pisanello - 1436-1438 - Eg. Santa Anastasia - Vérone
Pisanello - 1436-1438 - Eg. Santa Anastasia - Vérone

 

 

Saint Georges est surtout celui qui a sauvé la belle princesse de Trebizonde du dragon affamé qui ravageait troupeaux et jeunesse de la contrée.

 

Il prolonge ainsi le mythe de Persée et d'Andromède, évoque celui de Roland et d'Angélique, de Siegfried qui tue le dragon Fafnir et même de Don Quichotte et Dulcinée. C'est en tuant le dragon que, blessé par le venin, Tristan sera soigné par Iseut la Blonde.

 

Dans la symbolique chrétienne, il figure la victoire des forces du Bien sur le Mal, du civilisé sur le barbare comme dans le tableau d'Uccello où les champs bien alignés (Georges le laboureur) s'opposent explicitement au chaos de rochers.

 

Plus généralement, il est le modèle humain du courage et de l'abnégation.

 

Le dragon (voir notre page sur Ste Marguerite) est un monstre composite : serpent à la longue queue annelée, cuirassé d'écailles, gueule de lion, ailé, griffu, dentu, écailleux, venimeux ; c'est aussi un petit parent du Sphinx et du Minotaure.

 

 

 

L'Eglise Sainte-Marie de Valle d'Orezza

 

Proche de la chapelle Saint-Georges, patron de la commune,  elle abrite plusieurs oeuvres consacrées au saint.

 

Valle d'Orezza- Francesco Carli - 18e s.- restauration Ewa Poli 2009.
Valle d'Orezza- Francesco Carli - 18e s.- restauration Ewa Poli 2009.

 

 

Dans une atmosphère d'orage, le saint qui occupe la toile en diagonale transperce le monstre.

 

Au loin la princesse s'enfuit vers une ville côtière dont on devine les remparts. En bas à gauche les âmes du Purgatoire supplient le saint d'intercéder pour leur salut.


 

 

La chapelle Saint-Georges abrite un autre tableau de F. Carli, identique mais sans les Ames.

 

La magnifique porte de l'Eglise Sainte-Marie de Valle d'Orezza (XVIIIè s.) - voir aussi celles de  Zuani et Piazzole) - a été récemment restaurée. 

 

Cl. 2014- restauration M-Teresa Donetti
Cl. 2014- restauration M-Teresa Donetti

2005
2005
2005
2005

 

La riche documentation mise à la disposition du visiteur (merci M. le Maire pour la visite guidée), montre la restauration de l'autel Saint-Georges.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'autel réalisé par Giovanni Raffalli le Vieux stucateur de Piedicroce au 18e s. a été restauré en 2010 par Jean-Claude Torre qui a reconstitué le groupe cavalier à partir de morceaux trouvés derrière le retable ; pour le fronton il s'est inspiré d'autres oeuvres du stucateur.

Sur l'autel on lit : Super aspidem et basilicum ambulabis et conculcabis leonem et dragonem (Tu marcheras sur l'aspic et le basilic, tu fouleras aux pieds le lion et le dragon) Psaume 91

 


Restauration 2010
Restauration 2010

 

 

L'iconographie

 

Saint Georges est le plus souvent figuré sur un cheval blanc (pureté), en action, sa lance Askalon enfoncée dans la  gueule du monstre ou l'épée brandie.

 

Il est habillé en soldat romain. C'est un "saint militaire" comme Martin, Pancrace ou Gavin. L'archange St Michel, lui est ailé et jamais à cheval évidemment. 

 

La scène est animée et romanesque : le décor torturé, le cheval cabré, le dragon effrayant, le sauveur casqué et la princesse éperdue en arrière-plan ... 

 

 

Algajola - Eglise Saint-Georges- legs Fesch ?
Algajola - Eglise Saint-Georges- legs Fesch ?

 

 

Ici tous les éléments sont réunis; s'y ajoutent quelques personnages à gauche qui prient ou désignent de la main la lutte exemplaire du chevalier inspiré par le Ciel, proche de saint Michel écrasant Satan (voir nos pages sur l'archange). 

 

Comme dans le tableau de Carli ci-dessus, la disposition en diagonale contribue au dynamisme de  la scène.

 

Algajola - autel Saint-Georges
Algajola - autel Saint-Georges
Algajola
Algajola
Algajola-autel St-Georges
Algajola-autel St-Georges
Belgodère
Belgodère

 

Le culte

 

Son culte se développe très tôt, d'abord en Orient ; puis en Italie : il est le patron de la ville de Gênes qui arbore son drapeau blanc à la croix rouge (vexillum beati Giorgii) décrit dès 1198.

 

Une des premières églises sous son vocable est à Rome (San Giorgio in Velabro) ; Venise lui consacre trois de ses églises et non des moindres.

 

Il est le Saint des Croisés qui brandissaient la bannière à croix rouge, symbole de l'Eglise triomphante, celle que tient le Christ ressuscité.

 

Il est aussi le patron de l'Angleterre ; sa croix rouge  sur fond blanc figure sur le drapeau britannique ainsi que sur les drapeaux savoyard, sarde et de bien d'autres pays. Et  Baden Powell a fait de lui un modèle pour les scouts.

 

On ne compte plus les corporations ou congrégations qui l'ont choisi comme patron.

 

Dans la culture populaire et le calendrier des jardiniers, il est l'un des "cavaliers du froid" (fêtés entre le 23 avril et début mai), qui avertissent que les gelées tardives peuvent encore se produire.  : Gelées de saint Georges,  saint Marc, saint Robert, "récoltes à l'envers". 

 

 

Carpineto- Luigi Giordani-1832
Carpineto- Luigi Giordani-1832
Speluncato - Casazza - Gravure ancienne
Speluncato - Casazza - Gravure ancienne

Olivese - Eglise Sainte Marie
Olivese - Eglise Sainte Marie
Quenza
Quenza

Valle d' Orezza-chapelle St-Antoine
Valle d' Orezza-chapelle St-Antoine

 

L'Eglise Saint-Georges de Quenza abrite une toile de Marc-Antonio De Santis (18e s.) où le saint adore la Vierge en compagnie de saint Laurent. 

 

A Tomino dans le Cap Corse, une toile également (voir l'ouvrage sur Tomino publié par l'association Petre Scritte)

 


Saint Georges et Gênes 

 

Le lien du saint patron de Gênes avec la Corse est évident. La République de Gênes délégua la gestion de la Corse  en 1457 à l'Office Saint-Georges, puissante banque italienne fondée en 1407, dont l'emprise s'étendait un peu partout dans le monde. Son action fut très prégnante sur l'île. 

 

 

Armes de Gênes (expo Corsica genovese 2016)
Armes de Gênes (expo Corsica genovese 2016)
Clé de voûte du palais des gouverneurs de Bastia-16e.s. (Expo Corsica genovese 2016)
Clé de voûte du palais des gouverneurs de Bastia-16e.s. (Expo Corsica genovese 2016)

 

A Algajola, à 20 kms de Calvi, U Castellu, château fortifié qui domine la mer, était la résidence du gouverneur génois, lieutenant de l'Office.

 

Construit peu avant 1531 puis relevé de ses ruines, il est inscrit aux Monuments historiques depuis 1965.

 

Il sera la résidence des gouverneurs jusqu'en 1764.

 

La forteresse voisine s'appelle le Bastion Saint-Georges. 

 

 

Algajola- U Castellu et l'Eglise Saint-Georges
Algajola- U Castellu et l'Eglise Saint-Georges

 

La ville fut saccagée par les Turcs en 1643  ; alors les Génois la fortifièrent en 1664. D'où ces bâtiments occupés encore aujourd'hui.

 

Algajola - Le Bastion
Algajola - Le Bastion

 

 

L'Eglise Saint-Georges d'Algajola

 

L'église paroissiale, honore largement le saint chevalier. 

 

 

Algajola - autel Saint-Georges
Algajola - autel Saint-Georges
Algajola - Saint Georges
Algajola - Saint Georges
Algajola-  autel baroque de Saint-Georges
Algajola- autel baroque de Saint-Georges
Algajola
Algajola


 

Autres oeuvres

 

Olmi-Cappella - Nicolao Castiglioni (actif 1627-1651)
Olmi-Cappella - Nicolao Castiglioni (actif 1627-1651)

 

On voit la Vierge et  l'Enfant dans les nuées, adorée par Philippe Neri  et Antoine abbé à gauche ; à droite Jacques le Majeur et Georges, casque à terre et doigt levé pour désigner Marie au regardant. A terre le dragon, la lance fichée dans la gueule.

 

Olmi Cappella - détail
Olmi Cappella - détail
Silvareccio-Francescu Carli- 18e s.toile utilisée comme bannière
Silvareccio-Francescu Carli- 18e s.toile utilisée comme bannière
Bastia - ND de Lourdes
Bastia - ND de Lourdes
Olmi-Cappella - Le bouclier à la croix rouge
Olmi-Cappella - Le bouclier à la croix rouge
Olmi-Cappella-Nicolao Castiglioni 17e s.
Olmi-Cappella-Nicolao Castiglioni 17e s.
Valle d'Orezza - St Georges & St Gavin
Valle d'Orezza - St Georges & St Gavin
Pianu
Pianu

 

LES SAINTS MILITAIRES : Saint Martin, Saint Pancrace, Saint Gavin.

Patrimonio - St Martin ( Antonio Morazzani - 1908)
Patrimonio - St Martin ( Antonio Morazzani - 1908)
Poggio di Nazza (ex voto St Martin - guerre de 14)
Poggio di Nazza (ex voto St Martin - guerre de 14)

Aleria - Eg. St Marcel - Saint Pancrace (détail F. Carli)
Aleria - Eg. St Marcel - Saint Pancrace (détail F. Carli)
La Porta - Eg. St Jean-Baptiste - Saint Pancrace (détail Luigi Giordani 1884)
La Porta - Eg. St Jean-Baptiste - Saint Pancrace (détail Luigi Giordani 1884)

Parata - St Gavin - Bannière (Gherardo Gherardi 19è s.))
Parata - St Gavin - Bannière (Gherardo Gherardi 19è s.))
San Gavino di Tenda (Domenico Desanti) signé daté 1854
San Gavino di Tenda (Domenico Desanti) signé daté 1854

* Ed. Garnier-Flammarion, tome 1, p.296